Edge of Sanity : Crimson

1996, Black Mark

— gulo gulo, le 05 juillet 2016 (1245 lectures)

Mélodique ? En diable. Progressif ? Un peu, mon neveu - un morceau, quarante minutes de changements de riffs, de rythme, de retour de thèmes : ça devrait passer le contrôle technique à l'aise. Opeth ? Allons... Vous voulez vraiment aborder le sujet douloureux ? Edge of Sanity ressemblerait à Opeth si Opeth savait faire du death metal - admettez-le, ç'a toujours été le seul vrai problème chez eux, cette incapacité à trousser du vrai death, du qui se tire pas une balle de mousquet d'ébéniste dans le pied à tâcher d'être sensible, délicat, raffiné... Ce doit bien être possible, remarquez, si j'y pense quelques instants cela existe même déjà : on appelle ça le doom death ou le funeral - Indesinence, Evoken, Esoteric : vous en avez quelques uns qui maîtrisent le machin, à essayer si ça vous démange. Mais le death intelligent, docte, à la Opeth lorsqu'ils tentent de nous prouver qu'ils ne passent pas leurs journées à brosser leurs longs cheveux en songeant mélancoliquement, mais parfois les font aussi flotter dans le vent d'une course réfléchie... Dieu soit loué Edge of Sanity - si vous permettez qu'on revienne au sujet - n'en a que faire, et lorsqu'il lâche quelques secondes son heavy metal intergalactique, c'est qu'il a qui lui fourmille dans ses grosses guiboles l'urgence d'une bonne grosse charge de Space Wolf, hilare et tout en bave aux lèvres à l'idée de la branlée qui se profile.

Du coup, ils sonnent effectivement çà et là d'une façon qui fait furieusement penser à un Opeth qui serait réellement élégant, de l'aristocratique et rustre élégance des héros semi-bêtes aux amnières simples et directes. Edge of Sanity ne quitte jamais sa peau de bête fétiche, celle qui l'a accompagné dans toutes ses campagnes, qui est devenu un doudou d'étripeur de Suderons, celle qui fait de lui une sorte de Happy Hooded Menace - décidément le seul égal du groupe, le seul vaguement capable, à sa farineuse et goîtreuse façon, de se montrer tant aussi fruité, qu'acidulé, que rosé, que fumé - avec en cerise sur le gâteau, cette fois encore, ce petit talent de société qui consiste à savoir placer, parcimonieusement et avec un à-propos inattendu, de juteuses imitations d'Eldritch (même si cette fois pour être honnête on tire un peu vers Peter Steele : "oh la la").

Pour le coup, on est musicalement presque à mi-chemin de la pochette de Kosmonument - bien plus que de celle de Time to Die, mais ça on s'en serait douté - et de ses visions ignobles et aphrodisiaques du monde de l'autre côté du voile, tant le disque semble voir le groupe cette fois embrasser totalement les courants de la Mer des Âmes, qui lui lèchent la coque amoureusement en retour - l'on est ici bien plutôt dans l'allégresse et la jovialité de souquer ferme vers l'aventure, que dans l'austère rêverie de The Spectral Sorrows ; et c'est encore là une chose - du death metal allègre et euphorique - qu'on n'aurait jamais été imaginer trouver un jour si goûteuse.

Chargement...