raison d'être : Prospectus I

1993, Cold Meat Industry

— gulo gulo, le 02 mai 2016 (1271 lectures)

Bon. Voilà. Ce disque, là, il se devait d'être ici sur Alice, de façon bien platement pas surprenante pour un belin - c'est juste tout connement le même tableau archi-connu d'un peintre archi-connu, une tarte à la crème autant des métalleux que des corbeaux - tout comme il se doit d'être dans n'importe quelle discothèque de bon goût, bien platement et sans surprise, en sa très plate qualité de Classique première classe, du death industrial canal historique - pour un quasi-premier album, excusez du peu - tout en constituant, comme la plupart des vieux Cold Meat Industry, un OVNI de première catégorie - en l’occurrence, il se trouve autant ici d'In Slaughter Natives que de Mental Destruction, et les plans à la Enigma en plus : voilà ce qu'on appelait le death industrial, les jeunes ; un peu comme le punk, en somme, ou le grunge : on voyait bien ce que tous ces projets avaient de commun, en partie aussi parce que les gonzes se connaissaient tous, et en même temps pas un ne faisait la même sauce que le voisin. Ça n'a pas duré tant que ça, bientôt Roger lui-même s'est mis à signer sur CMI des clones de groupes, Arcana, Ildfrost, Sophia et j'en passe...

On n'en est pas encore là avec Prospectus I. On est avec les anges : dans le charnier. Y en a guère eu, des clones capables de faire suer les miasmes glacés de la mort et du désespoir de matières premières aussi tartes et sentimentales que celles que brasse ce Peter Andersson-ci : les sonorités, le type de sample ne sont après tout pas bien différents de ce qu'il utilise pour Atomine Elektrine, son projet ambient new-age et goa-néoclassique, mais... Enfin, voilà, Prospectus I pue la mort depuis maintenant plus de vingt ans impeccablement. Tout des violons aux chants grégoriens en passant par les synthés à la limite du désodorisant, y est aussi cliché et théoriquement risible que le choix de Friedrich, les rythmiques monumentales entre dark-wave, industriel, et ambient-world-techno, en maint endroit ne frôlent pas le kitsch mais le piétinent... telles un attelage de percherons mécaniques suintant la corrosion, en route vers le cimetière dévasté douze ans auparavant et jamais assaini. Et, c'est bien s'il y en a une la particularité de Raison d'Être, plus saillante encore sur le fond de ce bloc de morbidité frigorifique que sur tout ce qu'il pourra sortir ensuite de plus méditatif et monacal, sans la moindre animosité - que le vorace puits de vertige où peut vous plonger le thermostat de la morgue.

La pochette que vous voyez ci-dessus, et qui est encore plus jumelle que l'originale avec celle de Dusk, c'est celle de la réédition, comportant comme souvent avec Peter un second disque gavé d'inédits, probablement de la même période comme il sied et qui d'ailleurs sonnent objectivement comme tels indubitablement ; mais je ne pense pas que le moins long vécu que j'ai avec ces morceaux-là soit seul en cause, de ce que j'y trouve sans doute possible le mélange légèrement mais substantiellement moins chargé, tant dans l'un que dans l'autre des écœurantes essences qui font l'horreur douceâtre qu'est Prospectus I - l'eau de rose et le jus de cadavre. Pour sûr les tons classieux de cette nouvelle pochette leur vont à eux comme un smoking sur mesure, tout comme à merveille allait aux morceaux originaux le glauque et mythique vert céladon de l'originelle ; en tout état de cause ils sont de très bon goût, comme toujours avec les brouettes d'inédits dont semblent dégueuler les greniers d'Andersson ; comme, disons, des morceaux du Raison d'Être ultérieur avec des tambours de la mort un peu plus présents. Presque pour tout dire d'un peu trop bon goût... ne fût-ce que le ladre a encore eu ce cran supérieur de bon goût de ne les pas mettre sur le même disque, ce qui vous fait un excellent album de Raison d'Être en provenance d'une histoire alternative, à écouter séparément. D'un genre de funeral dark-wave pour cathédrale cyclopéenne de par-delà les latitudes boréales. Comme quoi vous n'êtes pas si loin de chez vous, après tout.

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