Depeche Mode : Black Celebration

1986, Mute Records

— Derelictus, le 16 février 2016 (1741 lectures)

La part sombre de chaque individu existe clairement, même chez les plus insouciants et les plus enjoués du monde, elle peut y demeurer enfouie et ne jamais resurgir. Mais de temps en temps, il ne suffit de pas beaucoup de chose pour qu’elle prenne le dessus, et parfois, elle le fait à jamais. Et c’est le cas de ce Black Celebration, l’album charnière de la discographie de Depeche Mode: celui où les adolescents sont devenus des adultes, avec toute la complexité que cela suppose. Finis les garçons coiffeurs, et ce côté le plus abject de la pop, et place à une musique plus austère, plus dérangeante par certains aspects, plus lente, et surtout, surtout, beaucoup plus noire. C’est même un achèvement stylistique pour les anglais et en premier lieu Martin Gore. Et en même temps, assurément, le franchissement d’une ligne de crête définitive, car après cette célébration noire, il n’y aura rarement de retour à la lumière, et il y aura surtout un enchaînement d’albums excellents, allant de celui-ci à Ultra. Mais c’est ici que tout a commencé et vraiment pris forme, et Violator n’aurait jamais pu être sans ce Black Celebration. En même temps, peut-on rêver d’une meilleure entrée en matière que ce morceau titre ? A-t-on déjà réussi un enchaînement aussi imparable que A Question of Time et Stripped, l’acmé de cet album ? Il n’y a d’ailleurs pas à chipoter là dessus, c’est aussi avec ce disque que Martin Gore a acquis ses lettres de noblesse. Au même titre que son acolyte Dave Gahan dont on sent que derrière sa figure de beau gosse, quelque chose s’est à jamais fêlé et qu’il est désormais en proie aux doutes, et que cela commence à le ronger. Oui, il y a ici une noirceur, encore quelques signes de naïvetés touchantes, des questionnements, et une forme d’angoisse, qui laissent rêveurs mais aussi qui viennent nous interpeller et même nous déloger de notre zone de confort. Ce n’est pas un disque de dancefloor, ni de soirées, c’est beaucoup plus profond que ça: c’est même recroquevillé sur soi-même que l’on se surprend souvent à l’affronter et ne plus vraiment s’en remettre. 

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