IMMORTAL : Pure Holocaust

1993, Osmose Productions

— Derelictus, le 16 décembre 2015 (1484 lectures)

La Norvège en mille neuf cent quatre vingt treize, cette assertion pourrait presque résumer la teneur de cet album. Cela étant dit, l’on me reprochera de faire bien trop court, d’autant plus pour un style musical qui ne rigole pas avec le respect des dogmes, des ancêtres et des thématiques. Il suffit de voir cette pochette pour se dire que non, ça ne rigole pas du tout. Enfin si, un petit peu tout de même, puisqu’on se permet d’y mettre la figure d’un batteur, le regretté Grim, qui n’a pas enregistré un seul pattern, puisque c’est Abbath qui s’en est chargé, et il s’en tire plutôt pas mal pour le coup. Car niveau rythme, ça ne faiblit pas du tout. En même temps, à cette époque, il n’y avait que Darkthrone pour ralentir le tempo et jouer à Celtic Frost. Ici, ça reste avant toute chose bestiale, comme l’on pouvait l’attendre d’un album de black metal, - qui a dit true black metal ? -, rien de plus, rien de moins, en cette année charnière pour pas mal de groupes que ce soit dans ce pays, ou bien de l’autre côté de la frontière, où l’on commençait déjà à se lasser du death metal, - il suffit de voir ce qu’en fit Entombed cette année là. 

Ambiance glaciale, atmosphère occulte, riffing acéré comme jamais, sans toutefois se départir de ce sens mélodique sous jacent, qui fera à jamais le charme d’Immortal, tout comme ce chant caractéristique d’Abbath et ces blasts à tout va: tout est là et bien là. Il y avait même de quoi se faire adouber par Euronymous, bien que Demonaz et Abbath avaient toujours pris leur distance avec l’Inner Black Circle et n’avaient jamais fait les choux gras des tabloids à cette époque. L’on était même loin de s’imaginer de voir Abbath faire le crabe, encore qu’il avait déjà marqué les esprits avec leur premier clip, le fameux Call of the Wintermoon. Non, effectivement, ça ne rigole pas tellement, et ça va directement à l’essentiel, encore que si l’ensemble est assez brutal, surtout pour l’époque, cela s’entend, ça reste tout de même assez accessible, justement à cause de ces mélopées givrées glissées tout le long de cet opus. 

Album concis s’il en est, tout au plus une bonne trentaine de minutes, il ne souffre d’aucun temps morts et on se laisse facilement prendre au jeu de cette ambiance unique, déjà une ode au Grand Nord et tout ce qu’il a de mystérieux et d’occulte. C’est même un régal à ce niveau là, car toute la magie de la première période d’Immortal est présente sur cet album, sans doute celui qui vieillit le mieux. Il suffit aussi de voir le champs lexical, où le cahier des charges est déjà respecté à la lettre, ça ne bougera quasiment pas par la suite. Et puis, il y a ce son unique concocté par Pytten dans ce fameux Grieghallen, où comment, avec des moyens assez dérisoires, il a réussi à forger une identité sonore à un courant musical. Bref, c’est un must have et c’est assez éloigné du virage heavy et bathoryesque de la suite des aventures, mais ça vaut largement le détour, d’autant que des albums de cette trempe avec une telle atmosphère, il n’y en n’a pas pléthore, et c’est quasiment un savoir faire qui s’est perdu.

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