SMASHING PUMPKINS : Siamese Dream

1993, Virgin Records

— Krokodil, le 24 août 2015 (1546 lectures)

Siamese Dream, c'est Monseigneur Billy Corgan himself. Son autoportrait, son strip-tease, son journal intime. Quant à moi, je préfère le dire tout de suite, j'ai rien contre Billy. J'ai passé l'âge de m'en prendre aux idoles des jeunes, de me moquer de ces gens au physique ingrat, de ces starlettes rebelles endorsées par des marques de skate, de ces entrepreneurs au melon hypertrophié ; la vie est une jungle, si cela peut vous consoler ; depuis que Kanye West règne sur Chicago, on a presque envie de le prendre dans ses bras, le petit Billy... Aussi, quand j'ai de mauvaises pensées envers lui - ça peut arriver - et que j'ai besoin de soulager ma conscience, j'aime penser que j'ai (modestement, certes) contribué à son enrichissement, achetant systématiquement ses albums, même les plus désastreux - vous vous souvenez de Jesus I / Mary Star Of The Sea, vous ?

La confrontation entre Basket Case et les soeurs Olsen, finalement, ça me rappelle un peu tout ça. Siamese Dream. "La référence ultime du rock alternatif", "le must-have des Smashing, un groupe démocratique avec de vraies personnalités et de vrais caractères"... C'est sûr que quand on pense à James Iha, on en voit beaucoup, de la personnalité. Le symbole de la castration incarné, le mec qui a été coaché et dominé toute sa vie, la victime quoi (quand le mâle alpha ne s'appelle pas Billy Corgan, il s'appelle Billy Howerdel). Quand on voit D'arcy, on en voit à peine davantage : l'argument de vente "groupe mixte", la poupée super-dark sur laquelle les adolescents projettent leurs fantasmes, la blondasse mystérieuse... Allez. Un peu de bonne foi s'il vous plait. Trouvez seulement un morceau où la basse se désolidarise de la guitare du chef. Moi je vois pas. Et enfin Jimmy, un vrai talent, une mine d'or de rythmes super classieux : vampirisé, exploité et asséché comme un lac en Californie. Enfin concernant l'anthologie du rock... C'est sûr que Billy - hanté par la réussite de son rival / modèle / ennemi juré, ce cher Kurt - qui est beau, qui a des cheveux, qui vend plus d'albums, et qui saute son ex - avait plutôt intérêt à trouver la formule magique pour dépasser le million de ventes ; et heureusement qu'il est malin, Billy. Si, si, je vous assure. Un stratège, un analyste perspicace et un vrai chasseur de tendances. La solution miracle : pourquoi ne pas réconcilier les amateurs de prouesses guitaristiques, Guns N' Roses, de 4 accords, Nirvana, de superchougayze, My Bloody Valentine, ainsi que les nostalgiques de l'expérimentation et du psychédélisme ? J'ai envie de dire "bien joué". C'est sans doute pourquoi je le conserve précieusement sur une étagère, aux côtés de NevermindLoveless, et quelques autres grandes supercheries légendaires ; car s'il faut bien lui reconnaître une fonction à cet album, une utilité d'ordre publique, c'est bien celle - documentaire - de patchworker toutes les tendances d'une époque et les fusionner dans un seul et même objet. Un exploit technologique et finalement quelque chose de relativement pratique quand on est ni intéressé, ni curieux, ni patient ; autrement dit que l'idée même de parcourir les vastes rayons de la chanson 90's provoque de véritables crises d'angoisse. 

Ma foi, quand on parle de Siamese Dream, on parle souvent de figure messianique, de sauveur des limbes de la monotonie existentielle, de symbole d'une génération désoeuvrée ; je dois dire pour ma part (sans vouloir passer pour le hater de service, le bashing pumpkins est une discipline relativement dépassée) que le temps aidant, rarement disque ne m'a paru plus racoleur. Derrière l'ambigu, l'ambitieux. Billy a enfumé son petit monde, et je lui tire aujourd'hui mon chapeau.  

 

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