ELYSIAN FIELDS : The Afterlife

2009, Vicious circle

— EyeLovya, le 17 juillet 2015 (1294 lectures)

Ça va mal finir cette histoire. C'est que j'en ai rencontré un certain nombre de ces connasses hautaines qui te font te sentir comme le dernier des clodos en un seul regard, plus blasé et gorgé de dédain que toute une dynastie de bourgeoisie russe. Mais plus rarement ai-je eu l'occasion de fantasmer autant sur un tel timbre aussi ouvertement imblairable de langueur et d'ennui perpétuel, l'air le moins du monde intéressé par quoi que ce fut, une mine sans l'ombre du putain de moindre sourire, l’œil noir à moitié endormi. Imbitable. Dans l'esprit, dans l'influence, il y a du Mazzy Star, encore que Hope glanait quelques points de sympathie par son timbre un poil enfantin mignonnet, et pourquoi pas du Peter Steele, tiens, pour ce qui est de soutenir ces longues ascensions vers les notes désirées ; mais là avec Jennifer Charles, on part vraiment très loin dans le genre garce gothique à manteau de fourrure. Et pourtant, cette Lolita brune (j'ai pu le vérifier, évidemment, depuis, mais à l'heure de la première écoute, j'ai prié fort tous les dieux du monde afin qu'elle ne soit pas blonde), connaissance de connaissances, rayonne d'un halo boudeur, on ne voit qu'elle, traînante et insupportable, on ne peut voir qu'elle. Si jeune, sûrement, on redoute son esprit fort capable seulement du pire, un caractère assurément impayable, mais une aura sexuelle sidérante. À ce niveau là, l'énumération interminable de Only for tonight et son synthé vicié sont parfaitement intenables. Elle est cette inconnue taiseuse ramenée de nulle part en soirée que tous auront bien raisonnablement vomi, sauf moi bien sur, qui ne peut m'empêcher de la voir comme l'ultime femme fatale, fascinante, enfermée dans un monde qu'elle comprend trop, à l'âme éteinte à défaut de surprise. Impossible de ne pas penser à l'ondulation de son corps, son regard de chatte jalouse, ses cheveux, son corps putain, cette robe légère et déjà trop lourde, l'été humide et la sueur qui dessinent ses reliefs mieux que personne. Allongée sur une chaise longue comme elle le serait à expirer sur mon piano, dans ce cabaret pour oiseaux de nuit, accablée par le soleil, à peine plus à l'aise à l'abri. Les yeux ne s'en détachent pas, elle est intouchable, inapprochable, le drone celtique du tube proto-Lana Del Rey Climbing my dark hair, hymne à l'inaccessibilité de l'enviée en témoignera, mais encore le désir brûlera en continu et alimentera toutes les rêveries sexuelles futures, jusqu'à ce que, finalement, son mec se pointe.

Le type le plus lambda du monde. Naze. On remballe tout.  

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