CODEINE : The White Birch

1994, Sub Pop

— Krokodil, le 16 juin 2015 (1422 lectures)

Ma pauvre petite Alice, on dirait bien que le monde s'acharne sur toi... Comme si le ciel n'était pas déjà assez sinistre, hein ? Et l'on tenterait de nous faire croire qu'il s'agit d'un ciel de juin ? Mon cul, c'est un ciel de fin d'automne... Un ciel de fin d'automne en fin de vie. Mais tant mieux, je ne trouverai sans doute jamais meilleure occasion de te causer des 45 minutes les plus doom de ma vie. Ah, The White Birch ... Mon dieu, ça ne va rien arranger à la sinistrose ambiante... Regarde, de l'autre côté ils se sont déjà passés la corde au cou... 45 minutes, ma fille. C'est pas énorme à l'échelle d'une existence humaine. Mais les mêmes 45 minutes, pour un condamné à mort, as-tu une petite idée de la saveur qu'elles peuvent avoir ? Un supplice, dis-tu ? Pendant que tu comptes les secondes et tentes en vain de te souvenir des parfums que tu as aimé, t'en viendrais même à trouver des qualités chromatiques au béton de ta cellule. L'exaltation des sens avant le blackout, l'ultime ouverture sur le monde, tu sais... Ah, 45 minutes avec The White Birch, c'est 45 minutes durant lesquelles t'observes ce foutu ciel qui n'en finit plus de s'essorer sur toutes ces choses vivantes et pourtant déjà mortes, où tu deviens le spectateur impuissant de ta vie qui défile en slow-mo sur un écran géant que personne ne regarde, dans un espace où le temps lui-même semble avoir rendu l'âme... C'est 45 minutes de douleur vive en solitaire, à envisager sérieusement mille et une façon de te donner la mort, à observer attentivement chaque objet à portée de main, chaque misérable petit objet susceptible de faciliter l'ouvrage, rendre la chose moins laborieuse, faire taire les maux une bonne fois pour toute en échange d'une bonne hémorragie... Mais hey, souviens-toi de ce que nos mères nous racontaient... "Pas de pluie, pas d'arc-en-ciel"... Promis, ces 45 minutes seront peut-être les plus doom, les plus tragiques, mais elles seront aussi les plus belles, et elles t'ouvriront les portes du paradis, si t'as encore la chance d'y croire.

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