CROWPATH : Son of Sulphur

2005, Willowtip Records

— Krokodil, le 10 mars 2018 (2766 lectures)

La chose nous a pris comme une envie de pisser, un instinct de survie, un besoin de réactiver ces cellules mortes qui prolifèrent à toute vitesse dans notre cerveau vieillissant, mais certainement pas par nostalgie : dépoussiérer son mathcore génération 2000 et vérifier si ce qui était inécoutable hier l'est un peu moins aujourd'hui. Alors on fouille ses vieilles archives Slsk, on retombe sur des groupes qu'on avait carrément oublié - genre Into The Moat, qui s'en souvient ? - et on s'offre une seconde jeunesse avec ce Crowpath... qui a étonnamment bien vieilli ; en tout cas nettement mieux que son ainé, qui pour le coup a perdu en chrome et en sanguin ce qu'il a mangé en grisaille et en monotonie. Son of Sulphur. Déjà rien que sa pochette. Mythique, quoi. Toute en or et rouille massive, avec sa créature échappée de Silent Hill qui danse dans les flammes. Niveau son, la même : toute en puissance et modernité, convergien-mais-pas-trop, à la croisée d'un Starkweather à la barbarie hallucinée et d'un Gorguts fan d'Abandon ; balancez donc Son of Sulphur au milieu d'une playlist de hardcore new school branché blouse blanche et logarithme népérien, et constatez seulement l'aisance avec laquelle il a traversé l'épreuve du temps. Toujours avec la même violence chirurgicale et le même chaos merveilleusement organisé.

Pourtant, c'est pas comme s'il s'agissait là de l'album de toutes les performances ou de tous les superlatifs, ni le paroxysme d'un genre intégralement fait de paroxysmes (et c'est surtout pas comme si en quelques années on ne s'était pas mangé des claques de déconstructivisme toujours plus colossales - la dernière en date s'appelant Frontierer) ; disons pour faire court que notre bon vieux Son of Sulphur se traine une vilaine réputation de terroriste impitoyable, de disque trop hermétique pour le commun des mortels, de monstre de brutalité à la noirceur inaccessible... Chacun voit midi à sa porte, certes, mais à côté d'un Shaping the Random ou d'un Within Dividia, (respectivement de Shora et The End, avec lesquels Crowpath a toujours été comparé... à juste titre), bien confinés et tonalement castrés qu'ils sont dans leur réductrice petite palette de dissonance, ou par rapport à des groupes de matheux délirants type Psyopus ou Ion Dissonance, Son of Sulphur est un disque merveilleusement nuancé, avec juste ce qu'il faut de technicité (pas de course au sweep) et d'ultrasickness (pas de course à la maladie) pour glacer le tout.

... Et puis quid de ces tempos qui s'emballent jusqu'à vous plaquer au fin fond de votre siège, avant de piler aussi sec, jusqu'à crash-tester votre tête contre le pare-brise ? On est sur Slow End, oui ou merde ? Les amoureux de musiques lentes que nous sommes ne pourront certainement pas rester insensibles aux charmes sludgisants et au finish tortueux de ce monstre bien-nommé "The Lycanthrope"... Imaginez seulement un disque entier figé à ce rythme... Un potentiel d'alternative à In Reality We Suffer, hein ?

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