SUN KIL MOON : April

2008, Caldo Verde records

— EyeLovya, le 29 juillet 2010 (951 lectures)

Une profonde tristesse intrinsque la personne de Mark Kozelek sublime dans des arrangements apaiss en bras d'eau se runissant en une somptueuse rivire dont le bruit calme et organique immobilise l'esprit pendant un temps indterminable. Voil ce que m'voque cet album dont les soixante-treize minutes passent comme une seule.

Ballades amricaines forms d'arpges dprims ou de rythmes relchs rappelant un triste Neil Young, dans le rocking-chair sous le patio en dbut de soire. La production trs intimiste sied parfaitement aux textes trs personnels de Kozelek, entre drames familiaux d'vocation douloureuse et souvenirs de voyages gonfls d'une nostalgie coupant le souffle, et les apparitions discrtes de Will Oldham, Ben Gibbard et Eric Pollard la voix sont tout fait rassurantes, limitant le renfermement sur soi-mme contagieux et dangereux du chanteur.

Vraiment contagieux. On reste, pendant l'coute, contemplatif sans se rendre compte que l'on gonfle bien trop la poitrine et que les yeux se baissent, naturellement humidifis comme blesss par des mlodies trop explicites. Et comme une vritable drogue, on y revient toujours satisfait d'avoir contre-balanc la descente difficile une fois arriv en fin d'album.

Pourtant tout n'est pas aussi agressif en matire d'motions, deux ou trois chansons disposent de mlodies plus lgres, plus neutres pour ne pas aller jusqu' plus joyeuses, o l'on retrouvera non sans plaisir les influences sudistes du groupe, mais de moindre qualit. Fort heureusement le long format des titres (jusqu' plus d'une dizaine de minutes) permet l'enchainement sur des parties bien plus crasantes qui sauvent tout l'intrt de ceux-ci.

L'auteur fuyant depuis toujours au maximum les constructions basiques de chansons couplet-refrain-pont, se libre donc ici aussi de tout format pr-dcoup, offrant ds lors l'auditeur une grande richesse musicale faisant de chaque chanson un travail complexe insaisissable si ce n'est dans sa totalit, et, par ce biais, faisant de l'album un vritable chef-d'uvre.
Chargement...