Slow End
Special Low Frequency Version
Voix d'en-bas
Dopesmoker
Dopesmoker

Avis des chroniqueurs

Derelictus
Note

EyeLovya
Note

Informations

Première édition
2003 (1 x Cd)
Label
Tee Pee Records
Avec
Al Cisneros: basse, chant
Matt Pike: guitare
Chris Hakius: batterie
Tracklist
1 - Dopesmoker
2 - Sonic Titan (live)
Remarque
Réédité en 2012 par Southern Lord Recordings:
- Dopesmoker a été remasterisé pour l’occasion, se trouvant allongé de trois secondes.
- Sonic Titan est remplacé par Holy Mountain (live) sur la version cd.
- Ces deux titres sont présents sur les différentes éditions 2LP de l’album, sortis dans différents coloris reprenant des variétés de weed.
- Arik Roper a fait un nouvel artwork pour l’occasion.
 

SLEEP (États-Unis)

Voir tous les articles pour SLEEP


Traditional doom Stoner Rituel

Chronique par Derelictus, ce mois-ci
(315 lectures)

Il y a des albums mauvais, des albums ordinaires, des albums excellents, des albums séminaux, et il y a les quelques uns, rares, voire même très rares il faut l’avouer, qui sont purement et simplement cultes et bien au-dessus de tout. Dopesmoker fait partie de cette dernière catégorie, et quand je parle de Dopesmoker, je parle bien évidemment du véritable album, celui avec le titre de soixante trois minutes, et non cette version tronquée sortie par Rise Above Records sous le nom de Jerusalem, et jamais validée par le groupe, - comme quoi, même tonton Lee peut aussi faire des erreurs. Comme beaucoup de monde, c’est pourtant avec cette version que j’ai fait la toute première fois ce pèlerinage, mais, c’est évidemment dans sa vraie version que tout prend définitivement son sens. Fruit de quatre années de dur labeur du trio, avec beaucoup de weed consommée durant ce processus créatif, - cela va de soi étant donnée le titre de l’album et ne serait-ce lorsque l’on se penche sur les paroles, à commencer par l’incipit initial -, et c’est aussi ce qui a mis fin, trop prématurément, à ce groupe devant l’incompréhension d’un label qui leur avait pourtant promis une totale liberté artistique et qui ne sut que faire de cet album. Rendez-vous compte, un album constitué uniquement d’un seul titre, que l’on pourrait presque considérer comme une variation autour de la note do, si l’on était catégoriquement réducteur, qui n’accélère quasiment pas, et qui fait tourner en rond et très longuement des riffs assez similaires.

Et pourtant, c’est cette démarche jusqu’au boutiste qui fait de cet album un épitomé du genre, bien que ce soit le seul valable dans cette catégorie du titre unique et homérique. Il n’a pas son pareil pour vous faire voyager, vous prendre par la main, l’autre tenant un bong, dans ce périple processionnaire à travers le désert, à vous procurer un véritable échappatoire au réel. Surtout, il mérite amplement ce culte dont il fait l’objet, encore et toujours, une bonne vingtaine d’années après son enregistrement. En tout cas, son impact va bien au-delà de la simple curiosité qu’il peut susciter de par son format assez extraordinaire, encore plus pour l’époque, et de par sa thématique. Pousser à son paroxysme son amour immodéré et inaltéré pour Black Sabbath, c’est un peu ce que l’on retrouve sur cet album, voire, si l’on veut prendre une référence plus contemporaine, ou en tout cas de ce qui s’en rapprocherait un tout petit peu, l’album Lysol des Melvins, notamment ses deux premiers mouvements. L’on sent bien ici l’amour immodéré pour ce qu’avaient accompli des musiciens tels que Tony Iommi, Bill Ward et Geezer Butler une vingtaine d’année auparavant par ces trois génies que sont Chris Hakius, Matt Pike et Al Cisneros. Sauf qu’ici, ils vont s’extirper des formats et des schémas classiques de composition pour produire la parfaite bande sonore d’un pèlerinage à travers le sable et la fumée, sur fonds de riffs fabuleux aussi plombés que lancinants, faisant un parallèle entre mysticisme et ascétisme, et qui vous assomment tout autant qu’ils vous emportent dans un état semi-conscient. C’est même là toute la splendeur et la grandeur de cet album, sans doute pas destiné à tout le monde, parce qu’il est exigeant, parce qu’il demande bien plus d’investissement de le part de l’auditeur que de simplement rouler un stick pour l’apprécier. Car Sleep va bien plus loin ici dans sa démarche que ce qu’il avait pu proposer auparavant sur les titres les plus longs de Holy Mountain, sans pour autant se prendre pour un groupe progressif.

Circonscrire cet album à une simple variation autours d’un même riff est une grande erreur, et quelque chose qui n’est pas vraiment acceptable, et même injuste pour rendre compte de ce qu’est la véritable teneur de ce Dopesmoker. Des riffs excellents il y en a foison dans cet album, et l’on peut en discerner une bonne quinzaine pour qui est réellement attentif de bout en bout, chose peu aisée tant il est assez difficile de rester de marbre à l’écoute de cette oeuvre, et que le hochement de tête à la Al Cisneros est sans doute l’alternative la plus facile à accomplir, ou bien parce que l’on est finalement rentré dans une sorte de transe où temps et espace n’ont plus d’importance. Pour autant, si l’on ne retrouve pas ici des riffs aussi groovy que ceux de Dragonaut ou de The Druid, ils restent très marquants, bien plus qu’on ne pourrait le croire, et dotés d’une telle pureté qui rend bien compte du génie du trio, et cela ne se limite pas seulement à ceux baptisés "Departure" ou bien "Hotel Room": tous les riffs présents sur cet album sont géniaux et ultimes dans leur genre. Et tous ne sont pas dans une veine lysergique comme ceux précédemment cités, car il y a de réelles variations sur ce titre, des détails que l’on découvre au fur et à mesure des écoutes, des changements de dynamiques, des passages beaucoup plus aérés et d’autres bien plus intenses, et des soli inspirés de Matt Pike qui rendent l’ensemble captivant. Mais ce ne serait rien s’il n’y avait pas le jeu particulier de Chris Hakius, avec ses patterns en triolet pleins de groove, oui vous avez bien lu, et qui semble tracer sa route un peu tout seul sur tout le titre. Et cela ne serait pas la même chose non plus s'il n’y avait la basse d’Al Cisneros, qui prend souvent des chemins de traverses et qui ne fait pas qu’uniquement suivre Matt Pike, assumant réellement de reprendre le titre de fils spirituel de Geezer Butler, car son jeu regorge de cette même inventivité et de cette même science de l’à propos. Et que dire de son chant où il beugle de manière hallucinée et incantatoire quasiment tout le champs lexical de ce qui a trait de près ou de loin au cannabis.

Dopesmoker, album ultime en matière de stoner, je le pense vraiment, car tout, que ce soit dans la démarche, dans la manière de composer ce titre, qui comprend une bonne vingtaine de parties différentes et où quelques riffs sont quand même re-exposés, dans cette osmose unique qu’il y a entre ces trois musiciens, et dans l’excellence de la production de Billy Anderson pour nous concocter ce magnifique son à la fois gras, chaud, envahissant et abondant comme on l’adore et où l’accumulation de têtes vintage a ici réellement rendu service à la musique. C’est album c’est bien plus qu’une simple expérience sonore, qu’un simple périple initiatique par où l’on doit forcément passer, c’est du génie à l’état brut. C’est un Everest qu’il est difficile de franchir, car personne n’est parvenu, jusqu’à aujourd’hui, à produire un disque aussi abouti et aussi inspiré. Il mérite amplement toute la légende et toute l’émotion qu’il suscite encore et toujours. Et plus encore, tout ce qui pourra être écrit et dit sur cet album n’effleurera à peine ce qu’est vraiment Dopesmoker, cet album mythique de ce groupe génial qu’est Sleep.

Dopesmoker en trois mots : inouï, culte, fabuleux




Facebook 

Commentaires des lecteurs pour ce disque

Aucun commentaire actuellement pour ce disque