Slow End
Special Low Frequency Version
Quand y'en a marre du corpsepainting
God Says No

Avis des chroniqueurs

Derelictus
Note

Informations

Première édition
2001 (1 x Cd)
Label
A&M Records
Avec
Dave Wyndorf: chant, guitares
Ed Mundell: guitares
Phil Caivano: guitares
Joe Calandra: basse
Jon Kleiman: batterie
Tracklist
1 - Melt
2 - Heads Explode
3 - Doomsday
4 - God Says No
5 - Kiss of the Scorpion
6 - All Shook Out
7 - Gravity Well
8 - My Little Friend
9 - Queen of You
10 - Down in the Jungle
11 - Cry
12 - Take It
13 - Silver Future
 

MONSTER MAGNET (États-Unis)

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Hard '70s Space Rock New wave

Chronique par Derelictus, le 20 décembre 2017
(200 lectures)

Comment aborder le tournant des années deux milles lorsque l’on a été l’un des groupes les plus singuliers des années quatre vingt dix, que l’on a tantôt déclaré absorber une montagne de pilules, ou parler aux planètes ou bien encore de ne plus travailler un seul jour de sa vie? C’est un peu comme aborder la crise de la quarantaine, notamment quand elle est déjà bien entamée au moment d’écrire cet album, et de ne pas vraiment assumer que l’on va vieillir pour de bon et passer un jour ou l’autre l’arme à gauche. God Says No, c'est le contrecoup du succès soudain de Powertrip, ce génial album qui vit enfin le groupe de Dave Wyndorf prendre son envol et amadouer son monde par ses hymnes de stades et son côté à la fois solaire et hédoniste, conservant une certaine essence de ce que devait rester le rock dans le sens large du terme. Il fallait bien que son géniteur prenne le temps de digérer tout ceci, de prendre conscience d’un certain vertige et peut être d’une certaine distance par rapport à cette futilité que fut ce moment de gloire, et tout ce que cela pouvait entraîner derrière elle. Oui, parce qu’il y a un peu plus de cynisme derrière tout ça, comme si l’on voyait moult situations glauques ou grotesques défiler devant soi, et que l’on regardait cela avec un oeil parfois amusé, parfois désabusé, jamais vraiment empli d’une certaine ferveur, le tout confortablement installé à l’arrière d’une limousine aux vitres fumées, histoire de passer totalement inconnu, avec toute sorte de produits pour bien supporter toutes ces visions d’un monde désenchanté.

God Says No, c’est un peu l’album écrit pas des adultes et uniquement destinés à des adultes qui sont un peu fatigués d’un certain tapage, qui prennent soin de leurs corps et qui prévoient dans leurs agendas électroniques leurs prochaines fêtes, en prenant soin de faire garder les gosses pour pouvoir s’y rendre, et qui écoutent de temps à autre un album de rock dans leur break familial, histoire de se dire que l’on a toujours au fond de soi une âme de rebelle. Non pas que l’on mette forcément tout cet aspect tonitruant en sourdine, car l’on se reprend de temps à autres à vouloir faire comme sur l’album précédent, mais c’est comme si l’envie et la hargne s’étaient toutes les deux effilochées avec le succès et dans l’abus de drogues, et que l’on était aussi un peu fatigué de tout ce train-train. Et pourtant il y a souvent des fausses pistes qui pourraient laisser penser que c’est bien le Monster Magnet de la seconde moitié des années quatre vingt dix qui est bien là, mais qui se reprend rapidement dans une forme de droiture, comme s’il fallait que tout ceci ne déborde pas trop, parce que l’on ne pourrait pas entendre le dernier rejeton crier au travers du baby-phone. Il n’y a pas vraiment de grande folie dans tout ceci, c’est même bien trop propre pour que l’on ait l’impression que tout ceci puisse sortir à un moment ou un autre des rangs.

Et pour sûr, l’on n’a pas du tout voulu faire peur à son monde avec cet album, et c’est comme si Matt Hyde et Dave Wyndorf avaient volontairement opté pour quelque chose qui rentre bien dans le moule du début des années deux milles, avec ces fameux pro-tools qu’il fallait à tout prix utiliser pour avoir une production qui rentre bien dans l’air du temps, encore que cela marchait bien mieux sur Powertrip, mais le titre se suffisait à lui-même. Effectivement, le son est ultra policé, répondant bien à des canons modernes, avec un son de batterie bien trop synthétique, qui aurait été bien plus pertinent chez tant d’autres groupes ou artistes, parfois avec des loops, qui ne convient pas à un tel groupe, qui avait pourtant un tout autre credo à l’époque. Et puis, ce son de guitares tout rachitique, c’est juste impossible de passer outre, c’est comme si la nouvelle cible du groupe était désormais la trentenaire qui s’encanaille avec ses amies le vendredi soir en s’adonnant au binge drinking avant d’aller dans des clubs ou des pubs, faute de mieux, pour aller rencontrer des pseudos rockers qui s’enjaillent en écoutant en boucle la discographie de Black Motorcycle Rebel Club et qui mettent en avant ostensiblement leur tout dernier tatouage de dur à cuire. L’on a l’impression de sentir le souffre et de faire parler la poudre, mais il ne faut pas que cela soit après une heure du matin, car sinon, l’on ne peut plus rentrer chez soi par le dernier bus de nuit, et l’on ne sera pas en forme pour le cours d’aérobic du lendemain. Non, il y a bien quelque chose qui cloche dans tout ceci, comme si quelque chose s’était définitivement envolé.

Surtout, l’on ne peut pas dire que le quintet fut dans une phase de très grande inspiration, et l’on retient difficilement quelques titres, de manière éparse, même si le diptyque d’entrée avait de quoi séduire et laissait entendre un groupe certes plus posé, mais qui avait de quoi faire voyager. Las, l’on tombe bien souvent dans certains travers, avec une utilisation d’effets de manches modernistes qui ne conviennent pas forcément à Monster Magnet, comme si Dave Wyndorf avait voulu renouer avec ses anciennes passions pour la new-wave, ou n’avait pas pu sortir du carcan d’une reprise de Depeche Mode enregistrée quelques temps auparavant. Et pour un peu, l’utilisation de tous ces effets plus contemporains nous rapprocheraient du Judas Priest de Turbo, l’album le plus moderne des britanniques et le plus mal aimé, et sans doute que le clin d’oeil sur la photo ornant l’arrière du boitier du disque n’en constitue qu’un gentil clin d’oeil, mais l’on y retrouve cette coloration à la fois putassière et nuit de fausse débauche qui sent la sueur, la cuir et le brut. Mais il y a quelque chose d’assez convenu dans tout ça, et surtout dans cette volonté de sonner néo-vintage tout propret et tout aussi calibré que les singles contemporains de Madonna pour des blockbusters comme Austin Power.

Malheureusement tout ceci ne cadre pas avec le tableau que l’on peut se faire de Monster Magnet, surtout avec la succession de disques que venait d’accomplir le groupe depuis ses débuts, même si, d’un certain égard on peut y voir aussi une volonté de suivre les sentiers de leur plus grosse influence, Hawkwind, qui avait aussi, vingt ans plus tôt, tenté de s’adapter à une certaine modernité, avec tout ce que cela pouvait avoir de casse-gueule pour les anglais. Et bien, c’est un peu le même dilemme auquel se confrontent les américains, dans cette volonté de continuer à faire de la musique pour les masses et de prendre un peu le train en route, comme sur cet énervant morceau titre qui préfigure un peu le futur de Queens of the Stone Age. Sauf que tout ceci ne prend pas, ou si peu, et même les gimmicks de Dave Wynforf ne suffisent plus à sauver tout ceci, et l’on se demande ce que l’on vient faire ici. C’est un peu dommage, car il y avait de quoi faire, mais sans doute en prenant bien plus de prises de risques et en se posant les bonnes questions, notamment pour ce qui est de la production, plutôt que sortir cet album, mi-figue, mi-raisin pour un groupe lambda, insuffisant lorsque l'on s'appelle Monster Magnet.

God Says No en trois mots : gueule, de, bois




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