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Post Self

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Informations

Première édition
2017 (1 x Cd)
Label
Avalanche Recordings
Avec
G.C. Green: basse
JK Broadrick: guitares, chant, boite Ó ryhtmes
Tracklist
1 - Post Self
2 - Parasite
3 - No Body
4 - Mirror of Finite Light
5 - Be God
6 - The Cyclic End
7 - Pre Self
8 - Mortality Sorrow
9 - In Your Shadow
10 - The Infinite End
Remarque
Les versions digitales et japonaises comprennent les bonus suivants:
Parasite (Alternative)
The Cyclic End (Dub)
In Your Shadow (JK Flesh reshape)
 

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Industriel Ambient

Chronique par Derelictus, le 17 décembre 2017
(445 lectures)

Un nouvel album de Godflesh, ce n’est pas chose anodine et ce n’est pas rien dans l’absolu, même si l’annonce avait été assez surprenante, car pas si attendue que cela, tant le sieur Broadrick demeure autant boulimique et prolifique en matière de création, et que, surtout, le retour discographique du groupe n’avait sans doute pas laissé plus de traces que cela, a contrario du retour scénique, si ce n’est qu’un certain respect et une certaine politesse devant un projet qui a tout de même marqué son époque. À tel point que la première question que l’on pouvait se poser, et qui n’allait pas être atténuée par le premier extrait diffusé avant la sortie de cet album, à savoir ce très classique dans la forme Godfleshienne du terme qu’est le titre Post Self, c’est bien sûr si Justin Broadrick allait se mettre en mode auto-pilote et nous apporter une énième livraison de son projet, sans vraiment prendre de risques.

Qui pourrait d’ailleurs l’en blâmer d’avoir voulu se remettre en scelle sans trop se mettre en péril, sans se hasarder à mettre la machine en panne car trop pressé et avide d’asséner le monde de ces rythmiques et de ces riffs reconnaissables d’entre tous, de cette atmosphère à la fois déshumanisée et tendue. Il y a bien sûr de cela dans Post Self, mais seulement un peu, car le duo a finalement décidé d’autant faire table rase du passé que de lui rendre un hommage inconscient, mais d’aller aussi de l’avant, de briser certaines convenances, même si, encore une fois, et en sus d’une même couleur dominante de la pochette, l’on pense parfois à Us and Them. Même s’il faut nuancer tout ceci, car les éléments qui ont fait la force de ce projet sont là, toujours là, toujours bien placés, que ce soient ces riffs incisifs et tranchants comme de l’acier, dans ce qu’il a de plus inoxydable et froid, cette basse saturée à la HM2 avec ce son à la fois gras, rouillé et clinquant, et cette voix déshumanisée, avec ces hurlements comme pour rappeler que derrière ces hauts fourneaux, il y a encore de la vie.

Des questionnements sur l’existence, sur la vie, c’est bien cela qui nous interpelle avec cet album, les différents titres étant tout autant de messages, comme si les vicissitudes d’un mode post-moderne aussi dénué de vie et de chaleur et aliénant avaient pris le pas chez nos deux musiciens. Comme si quelque chose avait réellement supplanté toute volonté de vaillance. Il y a ainsi de l’introspection ici, comme un peu chez Jesu, mais passée par un autre prisme, un prisme bien plus effrayant, bien plus angoissant et stressant dans ses images post apocalyptiques, où les femmes et les hommes doivent vivre dans une réalité où tout semble perdu, où survivre est un combat quotidien face à un monde devenu tout aussi fou que totalitaire. L’on pourra dire que c’est peut être l’album le plus Orewellien de la paire, celui où l’on ressent bien ce combat entre l’homme et la machine, quitte à faire de cette dernière son alliée pour mieux parvenir à surnager derrière tout ça.

Mais là où l’on aurait pu s’attendre à voir les guitares toutes saillantes prendre les devants, comme on aurait pu légitimement en rêver après le dévoilement du titre éponyme, elles sont bien plus en retrait ici, intervenant avec justesse quand il faut faire rugir cette rancoeur, car l’heure n’est plus vraiment à la révolte ou à l’envie de nettoyer les rues, ou de faire mal. L’heure n’est pas encore venue de tout balancer devant soi, mais plutôt de regarder autour de soi, de laisser cette atmosphère glaciale prendre le pas, que ce soit par des tessitures de guitares plutôt utilisées en nappes, jouant souvent sur les dissonances, et d’autres nappes de claviers, avec une basse bien mise en avant, avec parfois une coloration dub maladive et corrodée. Il n’y a rien de bien nouveau dans tout ceci, et cela renverra tout autant aux influences premières de Broadrick et de Green, notamment Killing Joke, que les travaux du premier cité avec Final par exemple. J’y vois quelque chose d’aussi maladif et d'inquiétant que du Scorn, mais sans cette forme de touffeur maladive du projet de Mick Harris.

Pourtant le rendu est tout aussi inquiétant et terrifiant, et il prend sens dans cette sorte d’avancée dans les tréfonds d’une âme perdue au bout milieu d’un monde déliquescent et froid. D’aucuns pensent pouvoir mettre en musique certaines dystopies et certains égarements de l’humanité devenue folle, Godflesh y est parvenu avec ce Post Self, et c’est même assez flippant de se dire que le duo a réalisé une bande sonore appropriée à l’époque que nous vivons actuellement. L’on n’en ressort pas indemne de cette exploration et l’on ne demande qu’à y retourner dans ce monde brumeux d’où rien ne ressort clairement à la vue, où nos sens sont mis à l’épreuve constamment, où l’on n’a pas grand chose vers quoi se raccrocher. Il y fait froid dans ce monde, cruellement froid, et ce bleu glacé de cette pochette constitue sans doute l’une des meilleures grilles de lecture de ce disque, tout comme cet ange déchu aux traits de Justin qui s’interroge et regarde vers le sol plutôt que vers les cieux, cela aussi ce n’est pas un hasard, voyant quels legs il peut laisser aux humains, devenus bien trop inhumains.

Et pourtant l’on y revient encore et toujours dans ces contrées hostiles, dans cette mélasse toxique, l’on adore s’y perdre et s’y vautrer, et rien ne semble si aisé dans ce parcours. Même ces petits et fugaces instantanés de grâce et de luminosité n’en deviennent que fourberies, et alors que l’on pensait pouvoir s’accrocher à quelque chose de bien réel et d'amical, l’on se perd de nouveau dans ces méandres et dans une certaine malignité. Ce Post Self n’est pas rien au final, et tandis que l’on aurait pu se dire qu’il allait constituer une ligne de plus dans une discographie bien fournie, il surprend encore et toujours, intrigue et déconcerte, prend des chemins de traverses que l’on n’aurait pas escompté, et a cette faculté de descendre encore et encore plus bas, dans ces tréfonds d’un monde que l’on n’ose pour le moment aborder, mais qui ne fait que tendre ses bras vers nous.

Post Self en trois mots : glašant, dystopique, inhumain




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