Slow End
Special Low Frequency Version
La pillule rouge ? Seulement ?
In Search of Space

Avis des chroniqueurs

Derelictus
Note

Informations

Première édition
1971 (1 x 12in)
Label
United Artists
Avec
Dave Brock: chant, guitares, harmonica, générateur audio
Nik Turner: saxophone, flute, chant, générateur audio
Del Dettmar: synthétiseurs
Dik Mik: générateur audio
Dave Anderson: basse, guitares
Terry Ollis: batterie, percussions
Tracklist
A1 - You Shouldn’t Do That
A2 - You Know You’re Only Dreaming
B1 - Master of the Universe
B2 - We Took the Wrong Step
B3 - Adjust Me
B4 - Children of the Sun
Remarque
La réédition cd remasterisée de 1996 contient les bonus suivants: Seven By Seven, Silver Machine et Born to Go.
 

HAWKWIND (Angleterre)

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Psyché Space Rock

Chronique par Derelictus, ce mois-ci
(153 lectures)

C’est définitivement en mille neuf cent soixante et onze que Hawkwind prend son envol, après un premier essai tout autant ancré dans une époque, avec un Dave Brock qui se cherchait encore un peu et qui n’avait pas encore tout à fait trouver l’équipage adéquat pour le seconder dans cette quête de l’espace, que montrant un potentiel qui manquait de maturité. L’on peut dire que le titre de ce deuxième album est parfaitement trouvé et des plus adéquats pour bien signifier que, désormais, l’on ne prend plus les choses à la légère et que le patronyme de le formation n’est pas qu’un simple effet de style. Effectivement, à partir de cette année, l’équipage anglais a quitté la terre ferme pour ne plus vraiment la retrouver, ou tout du moins, si tant soit peut qu’elle fût retrouvée, ce sera dans d’autres contrées éloignées et inconnues, à des années lumière de notre petite terre bleue.

Mais pour le moment, nous ne sommes pas encore dans les vrombissements futurs et dans cette fuite à la vitesse de la lumière à travers l’espace et le temps. Il y a quelque chose ici de plus bien éthéré, de plus poétique même, comme si l’on était tout simplement heureux de fuir cette planète et de défier les lois de la gravité, épris réellement et complètement d’un esprit de liberté. Comme si nos esprits, délestés à jamais de tout ancrage terrestre, pouvaient enfin voyager au-delà des portes de la perception, au-delà d’un monde tridimensionnel. Kepler et Newton n’ont qu’à bien se tenir, et d’ailleurs tous ces travaux pratiques subis il y a une vingtaine d’années voient ici leur contre exemple et volent tout simplement en éclats. Cette douceur de vivre et même cet esprit d’allégresse se retrouvent ainsi dans ces ballades et ces folkeries que sont We Took the Wrong Step et Children of the Sun, qui ont d’ailleurs laissé autant de traces chez un Dave Wyndorf que d’autres compositions plus tapageuses, et où l’on ressent toute cette fragilité et inquiétude un peu naïve à déchiffrer de nouveaux horizons.

Pour autant, même dans ces instants de grâce, l’on retrouve quelques aspects non euclidiens, et tout l’attirail de sonorités et de bidouillages de sons qui font le charme de cette formation, et qui vieillissent à merveille, sonnant moins datés que ce que le groupe fera une bonne décennie plus tard dans ce registre. Je sens bien que l’adjonction de delays et autres synthétiseurs, omniprésents ici, peuvent prêter à sourire de nos jours, mais il n’y avait pas tant de monde que ça pour en faire une aussi bonne utilisation à l’entame des seventies. C’est même là que tout le côté spatial prend tout son sens, car en dépit de ces sonorités analogiques dont on attendrait qu’elles produisent quelque chose de chaud, l’on se retrouve, a contrario, avec quelque chose de bien plus froid, comme pour nous rappeler que l’espace intersidéral est tout aussi profond que froid, et cela prend bien tout son sens sur l’entièreté de cet album.

Évidemment, ce que l’on retiendra de In Search of Space, c’est bien ces longues plages instrumentales qui sont propices à ces jams endiablés qui semblent infinis, et où Del Dettmar, Dik Mik, Dave Brock et Nik Turner s’en donnent à coeur joie, rendant l’ensemble tout aussi étrange, pour ne pas dire ufologique, que captivant et haletant, tant l’on a l’impression que ça ne s’arrêtera jamais. C’est là aussi où le côté à la limite du simple chaos et du grand n’importe quoi, car il faut être honnête sur ce sujet, deviennent une réelle force de cette formation et élèvent de simples compositions assez minimalistes dans la forme, vers quelque chose qui tient en alerte l’auditeur et le surprend assez fréquemment. C’est évident que ce n’est pas ici que l’on va s’ébaudir sur des performances de tel ou tel musicien, mais bien d’un ensemble qui tient si bien la route, dans cette cohésion et dans cette complémentarité entre cette base rythmique des plus répétitives et ces sonorités venues d’ailleurs, qu’il fait littéralement voyager l’auditeur, sans pour autant l’ennuyer et le faire rebrousser chemin, tant l’on demeure sur le qui vive, notamment avec ces jeux de va et vient et ces montées et descentes d’intensités qui traversent la plupart des morceaux, avec une mention spéciale pour le premier.

Et pourtant, ce n’est pas comme si la formule était aussi étoffée de primes abords, car les titres sont souvent construits sur une simple ligne de basse, et le transfuge d’Amon Düül II qu’est Dave Anderson n’a certainement rien à envier à son illustre successeur. Il s’en sort allègrement bien avec des lignes vraiment hypnotiques, notamment celles sur Master of the Universe, avec un tel sens du groove qu’il n’avait nullement besoin d’artifice telle qu’une grosse distorsion pour se faire clairement entendre. C’est même bien lui qui domine fréquemment les débats sur cet album, quoi que l’on puisse en dire, et qui lui apporte cette touche particulière. Alors, évidemment, son compère batteur n’a pas la puissance de feu de son successeur, mais l’ensemble est tellement cohérent que l’on oublierait presque ce détail. De toute manière, quoi de mieux comme entrée en matière que ce gros quart d’heure inaugural qui place bien les débats à un certain haut degré et qui nous fait immédiatement quitter notre enveloppe corporel.

Ce n’est pas seulement un bon qualitatif qu’a effectué Hawkwind avec cet album, c’est tout simplement la mise en forme de nouvelles formes d’expressions auditives et sensorielles qui s’offrent à nous, même si de l’autre côté de la Manche l’on savait aussi faire voyager, mais souvent d’une toute autre manière. Il y a vraiment de quoi s’émerveiller encore et encore de cet album, qui, s’il n’a pas la force et le côté tapageur d’un Doremi Fasol Latido, recèle toute de même des qualités remarquables pour surprendre encore et toujours les simples êtres humains que nous sommes, tout en offrant cette incommensurable sensation de bien être et de liberté. Et dire que ce n’était que le début d’une folle odyssée de l’espace.

In Search of Space en trois mots : intersidéral, planant, enivrant




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