Slow End
Special Low Frequency Version
Thirsty and Miserable
Wizard Bloody Wizard

Avis des chroniqueurs

gulo gulo
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EyeLovya
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Krokodil
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Informations

Première édition
2017 (1 x Cd)
Label
Spinefarm
Avec
Clayton Burgess : basse
Simon Poole : batterie
Liz Buckingham : guitare
Justin Oborn : guitare, voix
Tracklist
1. See You In Hell
2. Necromania
3. Hear The Sirens Scream...
4. The Reaper
5. Wicked Caresses
6. Mourning Of The Magicians
 

ELECTRIC WIZARD (Angleterre)

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Traditional doom Psyché Blues rock

Chronique par gulo gulo, ce mois-ci
(558 lectures)

Electric Wizard, c'est le clochard qui continue de s'enfoncer toujours plus loin dans la ruine et la déchéance, et qui parvient on ne sait comment à - toujours plus - maintenir insubmersible une forme d'altière distinction, une manière d'aristocratique sac-à-pucerie. Après un Time to Die à la pathétique racaillerie d'avortons accrochés comme des moules à leur cimetière, dont tels des hobbits ils n'auront jamais le cran de dépasser les frontières, Wizard Bloody Wizard voit le vieux décliner encore un peu plus bas dans ce qui probablement horrifiera tous ceux qui ne jurent que par Dopethrone et son supposé extrémisme, toujours plus flou dans le lointain d'un rock un peu idiot (mais un disque d'Electric Wizard, est-ce que ç'a jamais été futé ? soyons sérieux, un instant, je vous en prie) et incontinent, blanchi, les articulations raides de lassitude... En certes moins céleste - doom satanique oblige -, on tient là somme toute le Last Patrol de Jus Oborn.

Une sorte de crépuscule poussiéreux, en apparence trop recru pour véritablement mettre le feu à ses émotions, préférant les laisser s'éteindre d'elles-mêmes sans fin, ce qui après tout est moins douloureux et quand bien même l'autre type, qui joue depuis toujours ce blues qu'aujourd'hui semble chérir le gang à notre Justin, a dit un jour que "Si tu veux pas la douleur, tu comprends pas", lui aussi a vieilli et pris goût aux couchers de soleil dans un ciel d'étain. Oborn, qui lui n'a jamais soulevé de fonte et n'a aucune base physique, semble donc toujours plus avachi, flasque au point d'évoquer la byzantine viscosité du decadence-rock de Der Blutharsch, de çà de là.

La fatigue, la lassitude infinie, la raideur qui vient (dès les riffs du premier morceau, en dévoué accompagnement des premières paroles du disque), ai-je besoin de vous faire un dessin, pour détromper ceux qui estimeraient que la musique du groupe ne sent plus assez le macabre, le morbide ou que sais-je encore ? "Mourning of the Magicians" n'est-elle pas infectée du même narcotique saturnisme que "Saturn's Children" que du reste elle cite - au point que sûrement les grincheux et les tastevins décrèteront un auto-plagiat - alors qu'elle est plus mourante encore, et plus flamboyante, point culminant du disque sur la dernière station service, dans un monde dépeuplé par des vampires qui sont peut-être bien les narrateurs mais eux-mêmes ne le savent pas avec certitude, assommés de stupéfiants qu'ils sont - avant la route infinie vers l'horizon vermillon. Le dernier buvard, chargé comme un chameau enragé, avant de remettre le contact et plonger dans l'incendie qui appelle, à l'horizon, pendant que les synapses explosent.

D'ailleurs, avec Time to Die, et maintenant cet album dont le vrai titre - I'll see you in hell, bien entendu - est donné au morceau d'ouverture et scandé dans celui de clôture, Electric Wizard semble avoir décidé de n'en plus finir de mourir en des albums-slogans au thème martelé avec un langoureux sadisme de reptile, ce qui est bien, lorsqu'on aime les choses qui n'en finissent plus de finir et s'étirent - et de nous rappeler que pour nous c'est le même tarif, et qu'il nous attend de l'autre côté avec un ricanement desséché tout prêt... Et quelques coups de latte bien secs dans les tibias pour nous y souhaiter la bienvenue : dites, c'est qu'on en oublierait presque de s'apercevoir que la raideur supposée sénile, avec laquelle ces riffs sont balancés, elle est tout de même bien sous-tendue par une malveillance qu'on avait peut-être un peu trop pris l'habitude de croire émoussée, et de ne plus prendre qu'avec le sourire. Et de, à plusieurs reprises, jeter l'allumette d'un solo dans le bidon d'essence dormante de l'épicurisme désabusé. On irait presque commettre le faux-pas de dire qu' Electric Wizard joue ici le blues du diable, mais on se rappelle juste à temps, heureusement, que le blues... Le diable, à ce qu'il apparaît, est las et bien las.

Et si pourtant ce n'était absolument pas la fatigue, qui était ici à l’œuvre, mais uniquement l'épure, l'élévation, la foi ? Ce que le disque a de réellement beau, c'est qu'il est les deux choses en même temps : qu'il voue toute votre personne aux pires châtiments, au bris méthodique de tous ses os et à la perte de tout ce qui lui est cher, tout en se tenant lui-même titubant devant son micro comme un mort debout, aussi fort qu'une carcasse exsangue, noyauté par le saturnisme, écorcé par le doom - et que ça n'empêche pas une ferveur intacte, voire nouvelle, voire incandescente : sacré nom d'une pipe on avait oublié après We Live ! à quel point le groupe et Jus Oborn en particulier pouvaient vous étrangler d'émotion, on avait oublié à quel point tant le grain de voix que les accents fielleux de ce mec sont du vin pour les oreilles : on avait un peu manqué de "Hear the Sirens Scream", bon sang c'est beau comme du Motörhead époque Another Perfect Day - comment disent-ils, déjà ? ah, oui : "oh, wait..." (non mais sérieusement, vous avez déjà, sans l'oser tout à fait, rêvé d'une chanson de Motörhead au ralenti et qui dure neuf minutes ? N'osez plus, c'est trop tard : c'est fait ; avec un Motörhead qui, en passant, aurait mangé Raw Power) -, comme une crucifixion où le regard du supplicié vous fait venir le rouge aux joues, et le sang aux papilles.

Et finalement, le seul faux pas dans la deuxième période du Wiz (vous savez bien, celle dont toutes les pochettes des disques sont dessinées selon le même patron à la silhouette plus ou moins cintrée ; la meilleure en ce qui me concerne, We Live ! étant hors catégorie, à part à la charnière) semble bien parti pour rester Witchcult Today, cette soupe à l'eau de doom vintage au pouvoir de nuisance occulte aussi offensif qu'un disque Riding Easy. On pourra certes, et l'on aura bien raison, attribuer une part de la teneur du disque à l'entrée véritable de Clay Burgess dans l'équipe, mais on souffrira que j'aie surtout, moi, envie de souhaiter : bienvenue dans l'auguste caste des groupes qui sortent des albums de vieux, Le Wizou. "Les vieux, c'est les pires".

Auto-parodique, Wizard Bloody Wizard ? Probablement l'est-il, dès lors qu'on n'aime pas le doom plus doom que le doom, et fort satisfait de cet état de fait ; ou qu'on ne souffre pas l'obscénité, qui est l'une des qualités cardinales d'Electric Wizard, au moins dans la susdite seconde ère, si non depuis toujours. Un clochard, oui ; le prince des clochards.

J'invite, toutefois, toute personne qui trouve ce disque complètement idiot - "probablement par abus de weed" - dans sa globalité, ses textes ou dans ses riffs, à bien écouter les premiers mots que dit Oborn sur "Hear the Sirens Scream" - c'est à dire, ceux qu'il prononce juste après avoir dit "écoute", justement, voyez comme il est gentil cette chère vieille chose - et ensuite de bien goûter à cette lumière le riff du morceau ; juste comme ça, en passant ; qui apprécie les citations, diverses et fines, en trouvera sûrement encore, sur cet album dont la guitare est jouée comme la basse dans Motörhead, dont le bassiste jouait comme un guitariste. Les autres peuvent continuer à prendre les auteurs de ce disque, où presque tout est minutieusement et implacablement délibéré, pour des cons auto-indulgents et des drogués (ce qu'ils sont).

 

Pour les gens de bon goût : oui, ce qu'on vous a dit aux infos est vrai, le Wizard joue aujourd'hui du ZZ Top. Retournez écoutez les Stouges, comme tous les gens de bon goût.

Wizard Bloody Wizard en trois mots : crépusculaire, empoisonné, cru




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