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Tu comprendras un jour
Cranial Obsession

Avis des chroniqueurs

gulo gulo
Note

Krokodil
Note

Informations

Première édition
2017 (1 x Cd)
Label
Nuclear War Now !
Avec
Jun Tonosaki : basse, voix
Takashi Tanaka : batterie, voix
Yukiyasu Fukaya : guitares, voix
Kaori Gutunlama (?) : claviers
Tracklist
1. Necrotic Incision
2. Fiend
3. Vanishment
4. Morbid Hallucination
5. Excarnated
6. Uncanny Descension
7. Abysmal Decay
8. Recurrence
 

ANATOMIA (Japon)

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Doom death Gothique Ambient

Chronique par gulo gulo, ce mois-ci
(452 lectures)

L'on pourra, volontiers, tracer une nouvelle fois des parallèles avec l'édifice d'Encoffination ; on pourra, faites comme chez vous, continuer à citer Autopsy. Mais Anatomia, pour ceux qui ne s'étaient pas rendu à l'évidence devant Decaying in Obscurity, et auraient fait l'impasse sur le split avec Sex Messiah, prouve de très officielle et monumentale façon, avec Cranial Obsession, qu'ils ne sont rien d'autre qu'Anatomia, sur leur propre voie du death metal. Quelque part entre les deux autres, si vous voulez, puisqu'on trouve ici la fière imbécillité d'Autopsy et l'art statuaire d'Encoffination ; mais alors certainement pas sur un repère linéaire.

Anatomia, d'une manière qu'on est bien obligé de trouver étrange (comme s'ils en avaient besoin, de ce rabiot d'étrange), ne donne dans l'outrance sur aucun de ces deux traits de caractère, contrairement aux deux groupes qui les incarnent. Anatomia est juste extrêmement Anatomia - ce qui veut dire glacé, solennel mais sans pompe, voire avec une simplicité, une franchise tout à fait rustique : ainsi qu'une sorte de robuste frigo de pierre noire, si vous voulez, dans lequel comme en un sarcophage dormirait paisiblement la belle cadavérique de rigueur ; le tout dessiné avec un soin méticuleux, et qu'on imagine mal apprécier de voir son travail délicat estompé, brouillé, étouffé, par des excès de cosmétique sonore - laquelle ne leur est pas étrangère par principe, comprenons nous bien : la limpidité et la profondeur appliquées aux - nombreux et généreux - moments d'ambiance funéraronicohorrifique ne doivent l'extrême soin dont elles témoignent qu'au désir d'en faire luire la beauté dans le noir ; certainement pas de pallier une aura morbide que cette dernière possèderait en quantité insuffisante - faites moi rire !

Pour le dire clairement, Anatomia n'a toujours pas le goût d'aller jouer dans la cour des groupes modernes et occultes à crever, tels que Grave Upheaval ou Antediluvian : Anatomia n'a rien à cacher, comme tout érotomane, et Cranial Obsession, aucun doute là-dessus, est un disque de death metal ; de death metal en visite dans l'autre monde, scintillant d'une poussière qui semble le givre de la mort, de death metal partout auréolé d'un halo d'irréel, faisant écarquiller les yeux d'horreur et d'émerveillement érotique, dont il sera difficile de ne pas le rapprocher avec la mythique "fourrure" de Bloody Kisses ; mais non, vous n'avez pas la berlue : on a bien dit, en substance, que le death d'Anatomia est à la fois précis et onirique, luxueux et putrescent, fruste et hiératique.

Et c'est ainsi que, avec une absence d'ampoule dont pas un groupe de funeral n'est capable, Cranial Obsession congèle la réalité et, l'air de rien, ou plutôt si, de ne faire rien de plus important que se cuire un œuf, Anatomia sous vos yeux vous invente sa propre définition du fantastique et du death metal - dont il fait une seule et même chose ; mettant tout sur le même plan, avec la même netteté digne d'une scie à découper les os, et la même valeur narrative  dans leur merveilleux recueil de contes des montagnes hantées : difficile de faire passer la grosse moitié d' "Excarnated" pour une introduction, désolé pour ceux qui regardent leur montre et crient à l'interlude dès qu'on n'entend plus la guitare ; ou la brusque extinction de ces dernières après à peine un quart d' "Uncanny Descension"... avant de revenir, et de quelle triomphale manière - au fait, ne seraient-elles pas, les guitares, les victimes que l'on traque dans ce slasher-ci ? Rendu à "Abysmal Decay", le tour de magie est accompli : bien malin qui saura dire si le résultat s'apparente plutôt à Hooded Menace, à Transhunter, à Phallus Dei, Ukiyo, Ataraxie, Temple Nightside, Geinoh Yamashirogumi ou Sigillum S. La réponse, au risque d'être vraiment lourdingue, étant "personne" : Anatomia survole tout cela, à la manière placide du cadavre féminin qui passe entre vos pieds sous le lac glacé. "Abysmal Decay" vous emmène visiter des cavernes sublimes au centre de la Terre, comme bien des laborieux du funeral rêvent ne serait-ce que d'en trouver l'entrée, mais vous y fait, non pas rester sagement planté les mains derrière le dos, en adoration obligatoire comme au Musée des Arts R'lyehiens, ainsi qu'on vous le demande d'habitude - mais planer, sur les ailes de cette voix gluante d'érotisme, l'œil allumé, la salive aux babines souriantes, tous les sens en éveil, les synapses gonflées, dilatées comme des fleurs goulues sous ecstasy, avide de cette humidité primordiale qui chante de partout. Il n'y a plus alors qu'à s'enfiler les quinze béatifiques minutes de "Recurrence", qui quant à elle se passe de tout commentaire, avec son sub-death de lamasserie.

Les mecs se sont même pas donné la peine de capitaliser sur le filon faramineux trouvé avec Decaying in Obscurity : ils sont partis carrément plusieurs crans plus loin, plus profond encore dans leur propre monde ; celui d'un death metal shinto à sang très - très - froid : au rayon ambiances glaciales, on n'avait pas rencontré pareille hallucination depuis Forest of Equilibrium (pour ce qui est de la poussière, des craquements de parquet et ricanements d'horloges, depuis Coloured Funeral). Mais même un morceau tel que "Morbid Hallucinations", d'apparence moins imposante, pris dans la première partie, plus popote, de l'album, est la confondante démonstration de ce prodige, qu'est Anatomia aujourd'hui : riffing et chant de zombie débile à la Autopsy voire Coffins, et ambiances... limite goth, je ne sais pas vous dire mieux ; comme il y a eu déjà le fatras de références et que probablement vous êtes paumé ou migraineux (à égale mesure de ce que vous serez émerveillé devant le soyeux défilé de fantômes qu'on aperçoit s'effilocher dans les brumes filandreuses de ces incroyables morceaux, soyez en convaincus), je vous résume ce qu'il faut retenir : Autopsy, Sigillum S et Type O Negative. C'est bon, oui ? Vous comptez me regarder me mettre dans l'embarras encore longtemps ? Cranial Obsession est une poutrerie sans nom, et vous courrez l'acheter, en commençant déjà à pleurer les larmes de gratitude. Un de ces disques dont on ne se remet pas.

Cranial Obsession en trois mots : sacré, blême, désaltérant




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