Slow End
Special Low Frequency Version
Doom dadoom dudoom...
LXXXVII

Avis des chroniqueurs

gulo gulo
Note

Informations

Première édition
2017 (1 x Cd)
Label
Dead Seed
Avec
Frater Erwan : basse, chœurs
Frater Nikaos : percussions
Frater Samuel : percussions
Frater Nehluj : basse, chœurs
Frater Alexandre : basse, chœurs
Necropiss : voix
Tracklist
I
II
III
IV
 

MHÖNOS (France)

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Drone doom Industriel Rituel

Chronique par gulo gulo, ce mois-ci
(441 lectures)

Bigre, voilà qui ne nous rajeunit pas : les seuls noms qui me viennent en tête - ou plutôt au cœur, puisque la tête aurait tendance à dire Sektarism, pas la peine de vous expliquer pourquoi, si ? - à écouter les imprécations des 5 moines ici réunis et de Necropiss, sont ceux de chocs esthétiques vécus à l'adolescence ; nommément Sister Iodine des débuts, Einstürzende Neubauten (l'inquiétante basse de "Kein Bestandeil Sein", mais aussi la voix de Blixa, du temps où elle était autrement plus terrifiante que bien des chanteurs extrêmes rencontrés depuis)... et Neurosis.

Parfaitement, on parle bien de Mhönos, le collectif liturgi-percussif trans-black-doom de Normandie ; lorsqu'on dit Neurosis, en revanche, on parle, au moins ici, du noyau le plus ténébreux, de celui où se voient le mieux les gènes de Godflesh et du vieux Swans, et se sent le plus fort le souffle des enfers, du centre de la Terre, des cavernes noires et froides où l'homme rencontre sa bête intérieure - bref de celui où se voit le mieux ce qu'on ne voit pas souvent, qu'eux-mêmes contiennent et dissimulent la plupart du temps - ces moments qui ne durent que quelques secondes sur Enemy of the Sun -, et qu'ils ont laissé en héritage à Whitehorse et Hipoxia.

Mais on s'éloigne quand même un peu de Mhönos : vous voulez savoir si, comme tout album d'un groupe de drone ou de rituel, n'est-ce pas, LXXXVII ressemble trait pour trait à n'importe quel autre de leurs albums (je ne dis pas de n'importe quel autre groupe, puisqu'on vient de voir si Mhönos ressemblait à aucun autre groupe...), et par exemple Humiliati ? Certes pas ; même pas parce que Humiliati ne faisait pas surgir les mêmes balises ; mais plutôt parce que Humiliati paraissait un disque de moines, de trappistes, d'enlumineurs, de méditationnistes, de ce que vous voudrez : de retirés du monde, par dégoût sûrement, mais qui préfèrent se tourner vers le jour, ou quoi que soit cette lumière, qui tombe sur leurs faces depuis ce vantail humide dans leur caveau où ils baignent parmi leur propre ferveur calme... LXXXVII, on commence à le deviner, ne mange pas de ce pain dur-là. LXXXVII, c'est vous qu'il va retirer du monde ; votre âme, votre vie, votre santé mentale, les détails seront à voir avec eux ; mais le danger, pour sûr, est l'air que l'on respire ici, tant tout le disque est chargé de malveillance, d'une volonté de maléfice qui - on parlait de transversal plus haut ? - siérait aussi bien à Neurosis qu'à un groupe de black metal particulièrement... fervent, cela au moins ne paraît pas prêt à changer, mais s'attendait-on que pareille chose arrivât ?

Bref, l'humeur est au dégoût du monde mais en actes, ce qui ne veut pas dire stériles accès de colère et destruction de mobilier ; mais malédiction, mise en œuvre de rituel, concentration de la volonté et du geste... Grands dieux, ces roulements de batterie, qui enflent doucement, implacablement, pareils à une marée, et avec une texture sonore de semblable limpidité... LXXXVII est de ces disques dont la production - en l'occurrence crue, organique, nette dans son obscurité, à l'image d'un récif qui vous éventre la coque - ne tient pas de la cosmétique, de la coquetterie, mais est partie performative du propos, corollaire de l'intention - et celle de cet album-ci est inflexible, déterminée, impitoyable, noire comme la marée qui monte avec le soir et vient dévorer vos réalisations misérables, noire comme l'orage qui s'en vient... Elle fait passer l'ambiance précédant la tempête de Primal Gnosis, des Horse Latitudes, pour ce qu'elle est : quelque chose de romantique, d'enflammé encore, de sentimental presque. Pas de sentiments chez les Mhönos de cet album : seulement une patience meurtrière, une action parfaitement mesurée, contenue, pareille à celle d'une mer qui monte et enfle et monte encore, chargée d'un venin à ronger les montagnes, que ces gens-là n'aiment guère plus qu'ils n'aiment le soleil, et dont les ondes lèchent et caressent, ainsi que le ferait une tendre amante, toutes les choses écroulées et laissées à leur état de décombres et de délabrement, qu'elles rencontrent. "Drone doom" - le "of" aura sans doute été effacé par les siècles de corrosion - se traduira ici par Bourdon du Destin. Une cérémonie vouée à la ruine.

LXXXVII en trois mots : sourd, inexorable, hostile




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