Slow End
Special Low Frequency Version
Musique fumeuse pour gens moches
Cutting Pieces

Avis des chroniqueurs

gulo gulo
Note

Krokodil
Note

Informations

Première édition
2017 (1 x Cd)
Label
Translation Loss
Avec
Alan Dubin
Brian Beatrice
Carter Thornton
Dana Schechter
Eric Neuser
Jun Mizumachi

+ Stefania Pedretti : voix sur "Septic"
Antoine Chessex : saxophone sur "Triptych"
Tracklist
1. Rat
2. Septic
3. Wrong
4. Prowled Mary
5. Extended Suicide
6. Fire
7. Triptych
 

GNAW (États-Unis)

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Sludgecore Industriel Jazz

Chronique par gulo gulo, ce mois-ci
(267 lectures)

Faire le deuil, la table rase, ne rien attendre : ç'a toujours été le grand et bête secret des bons moments avec les disques ; d'où vient qu'il est plus facile à un groupe tout juste rencontré de vous mettre une bonne claque sur l'oreille, de celles qui font se sentir vivant. En ce qui concerne Gnaw, il aura fallu une Horrible Chamber pour l'y faire, ledit deuil ; d'un premier album qu'on eût voulu voir rester seulement polaroïd d'une rencontre, entre eux et avec nous, une expérience qui gardât cette valeur unique ; d'une entité qu'on eût préféré voir rester l'auteur du seul événement aberrant baptisé This Face, et non un groupe parmi d'autres. Il subsistait une dernière attente, devant ledit second disque : qu'il n'existât pas. Il la solda donc. Qui plus est, il puait l'extrême pour l'extrême, le trop-pété pour le trop-pété, l'avant-garde, l'installation.

Aujourd'hui, voici Gnaw parvenu à son troisième disque, n'étant donc rien d'autre qu'un groupe de plus, et n'ayant cette fois vraiment plus aucun accablant enjeu attaché à lui, le statut unique de This Face étant plus qu'enterré : oublié tel un rêve naïf. On ne peut donc que l'accueillir avec la plus plane, vierge bienveillance - et donc qu'être charmé par la divine découverte, que Gnaw aujourd'hui joue du doom, tel le groupe comme les autres qu'il est. Oh, de la sorte tout de même sévèrement frappée, tout le monde n'est pas forcément en capacité de se convertir à Pallbearer ; mais, contrairement à Horrible Chamber, Cutting Pieces lui non plus n'attend rien de lui-même, et n'essaie pas d'être encore plus taré ou aventureux que This Face. C'est flagrant rien qu'à écouter un Dubin que presque on ne reconnaîtrait pas, tant pour la première fois depuis longtemps il n'a pas cet air continuellement hanté -  principalement par la peur de ne jamais être à la hauteur de ses exploits les plus renommés, si fort s'échine-t-il à les dépasser. Plutôt à la canette qu'à la Khanate, qu'il y va, le vieux pou ; du coup quand il tente une imitation d'Ozzy, on entend Gavin Friday : vous pensez si l'on songe à se plaindre ; quant aux mecs derrière lui, ils ont oublié les délires à la Ehnahre meets Merzbow meets Beaubourg, pour se recentrer doom metal - à la façon dont ils en sont capables, encore une fois, soit de façon tout sauf orthodoxe et pure : à la rigueur, si on prend Burning Witch pour le doom et Power of Jism ou Fall of Because pour le metal... et qu'on y ajoute une louchée de trip-hop industriel, comme si le Tricky des débuts était parti fumer un pécos avec les voyous de Skinny Puppy ; ou encore comme si que, de "ultrasick" on était passé au beaucoup plus hospitalier "dégénéré".

Tout le groupe, en fin de compte, semble bien, malgré la nature qu'on pourrait croire hétéroclite de leur musique (beaucoup plus, en apparence, qu'une chose parente, dans le genre séance d'ésotérisme très empoisonnée, à savoir l'album de The Poisoned Glass), dans le même ordre de marche - titubant - vers un doom qui est tout sauf un collage avant-gardiste, et dont le manque d'hygiène tient à la fois du black metal et du noise rock, et en vertu des mêmes éléments - on pensera fugitivement à Oxbow, ce qui situe le vice et la sensualité de l'affaire... Et qui finalement relève un peu de la même intention que le tout récent album de With the Dead, l’œuvre intégrale de Ride for Revenge, ou le paganisme nuisible école Virgin Prunes (c'est qu'il chante, aussi, le vieux sinoque ! et qu'il imite assez bien Dav-id et Gavin simultanément !) : retour aux fondamentaux, retour à la musique de malfaisants et de parias ; retour au spookshow des familles à base de concert de guitares qui miaulent à qui aura les yeux les plus glauques, retour au malade, au macabre, au morbide purs, francs, directs  ("Extended Suicide", si c'est pas du tube... on dirait Emil Antonowsky qui essaie de chanter du Dillinger en sortant de sa douche), on joue avec tout ça ensemble, on se tape sur les goitres les uns des autres, on se chatouille les tumeurs et ça fait de la musique, puis lorsqu'on est suffisamment émoustillés et échauffés on part tous pour une excursion nocturne dehors, dans le quartier avoisinant le cimetière - quartier résidentiel que fort heureusement jamais on ne trouvera, égaré qu'on se sera en chemin, dans la jungle des cauchemars induits par la datura. Et fort logiquement, l'auditeur se met à penser au premier Ohgr, auquel de mémoire on avait déjà pensé avec tendresse à la sortie de This Face. On a retrouvé son Gnaw, on a retrouvé son Dubin, qu'on a envie d'embrasser sur les deux joues comme on le ferait en retrouvant dans un film Jean Carmet.

Finalement, ils ont très bien fait, de muter en groupe comme les autres - un bon.

Cutting Pieces en trois mots : décontracté, du, gland




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