Slow End
Special Low Frequency Version
Da frenchcosmic touch
Carnage Visors

Avis des chroniqueurs

gulo gulo
Note

Derelictus
Note

Informations

Première édition
1981 (1 x K7)
Label
Fiction
Avec
Robert Smith : basse, piano, synthés, guitare, flûtes
Simon Gallup : basse
Lawrence Tolhurst : DMC
Tracklist
Carnage Visors
 

THE CURE (Angleterre)

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Psyché Gothique New wave

Chronique par gulo gulo, le 04 octobre 2017
(230 lectures)

La présence d'un ver psychédélique au creux de l'aqueuse poire blette qui est le cœur de Robert (Smith), cet incurable fan d'Hendrix bien avant Matthieu Chedid, n'est plus à prouver depuis The Top, l'album de la période buvard de ce cher Bob (et dans une moindre mesure depuis Kiss Me au cube, celui de sa période buveur de Bandol)... Mais, tout bien considéré, surtout depuis Carnage Visors.

Si en ces parages nul n'est censé ignorer l'histoire de la face B de My War, on connaît moins bien celle de la face B de la cassette de Faith ; or, si sans face B de My War pas de sludge, sans face B de Faith, quid de Dolorian, Atriarch, The Gault et toutes ces choses croupies et spectrales que vous louez avec tant de révérence ? Pas grand chose, tout part de là, l'intoxication mutuelle entre psychédélisme et corbaquerie, ivresse et saturnisme, aqueux et fumeux.

Or donc, en quelques mots, de mémoire, pour l'exactitude historique : l'affreux et fascinant morceau leur servait de chauffe-salle, accompagnant une projection arty dégueulasse, œuvre du frangin Gallup, sur la tournée Faith ; il s'est ensuite retrouvé à remplir de sa grisaille morbide la seconde face de l'album sur cassette. A toute horreur tout honneur. Quant à ce fleuve lent et charbonneux en lui-même, la légende officielle dit qu'il est venu au jour en deux temps :

1/ Robert écluse trois bouteilles de rouge

2/ Simon enregistre "quelques lignes de basse"

Au cas où l'on ne l'a pas compris - par exemple, si l'on a écouté le morceau moins d'une fois - c'est ce transvasement, de liquide vineux de trois contenant dans un seul, que l'on entend ici enregistré, déguisé en variations à la guitare par dessus un motif aussi nauséeux qu'ensorcelant, d'une basse avec laquelle la légende officielle a été plus qu'un peu injuste : cette divagation, parallèle à celle de Smith, est l'une des plus légendaires lignes d'un groupe dont toutes les lignes de basse ou presque sont légendaires, jusqu'à 1989, et également l'une des choses les plus doom que vous entendrez jamais, pour rester sur le sujet qui nous fait parler aujourd'hui.

Une noyade dans le vin mauvais, voilà bien de quoi Carnage Visors est le nom, avec ses notes liquides, languides, et qui brûlent la gorge et agacent l'âme comme une goutte d'acide les dents - sans qu'on puisse arrêter de s'y abreuver. Je vous dis cela, je suis encore moins objectif qu'à l'accoutumée : j'ai longtemps cru, dans une ignorance biographique alors totale, qu'il s'agissait là d'une piste de Cure parfaitement sans particularité (hormis, bien sûr, pour le fait accessoire de compter parmi les tous meilleurs morceaux du groupe), que j'écoutais régulièrement enfant, et que simplement je n'arrivais pas, devenu plus vieux et méthodique, à retrouver sur aucun album (alors que je l'aurais tellement bien vu, au hasard, sur le même que "The Kiss", dont identiquement je n'ai jamais soupçonné qu'elle ne faisait pas partie des choses décrétées obligatoires par le gouvernement) ; je n'avais pas même remarqué la moindre anomalie de durée. La vérité sort de la bouche des enfants, pas vrai ? Il n'y a là rien que de très naturel et désaltérant, c'est cet enfant d'alors qui en atteste, et Carnage Visors pourrait durer le double tant chaque dérive, chaque mol méandre saturnien du jeu de Simon, chaque acide gouttelette de celui de Robert, chaque nouvelle langue de la flaque vitreuse du synthé, y coule de source, aucune autre expression ne saurait mieux convenir.

Comme le vin rouge, c'est le lait de la vie, le sel de l'existence qui se sirote ainsi, à longues  lampées lasses qui décapent doucereusement l’œsophage, avec ce goût incertain entre désenchantement enfantin et amertume existentielle, qui est l'inimitable marque de Robert Smith. Dont, à sa façon, Carnage Visors est une quintessence ; le psychédélisme morbide comme symptôme d'un deuil de l'enfance jamais refermé : sous cet angle, Carnage Visors est une définition de Bob.

Carnage Visors en trois mots : phase, dépressive, aigüe




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