Slow End
Special Low Frequency Version
Va peut-être falloir tirer une latte ou deux...
Sweet Oblivion

Avis des chroniqueurs

Derelictus
Note

Rocky Turquoise
Note

Informations

Première édition
1992 (1 x Cd)
Label
Epic
Avec
Mark Lanegan: chant
Gary Lee Conner: guitare
Van Conner: basse
Barrett Martin: batterie
Tracklist
1 - Shadow of the Season
2 - Nearly Lost You
3 - Dollar Bill
4 - More or Less
5 - Butterfly
6 - For Celebrations Past
7 - The Secret Kind
8 - Winter Song
9 - Troubled Times
10 - No One Knows
11 - Julie Paradise
 

SCREAMING TREES (États-Unis)

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Grunge Psyché

Chronique par Derelictus, le 25 septembre 2017
(169 lectures)

Il y a des albums qui affichent un quart de siècle et que l’on se repasse histoire de se remémorer quelques souvenirs de jeunesse, ou bien d’essayer d’avoir les mêmes sensations qu’aux abords d’une certaine madeleine, d’autres qui demeurent une bonne énigme en soi et que l’on essaye de déchiffrer tant bien que mal, et enfin ceux qui vous happent dans une espèce de bulle spatio temporelle et dont vous n’arrivez pas à vous défaire, tant l’émerveillement est présent, encore et toujours. Sweet Oblivion rentre bien volontiers dans cette dernière catégorie, et, pour être tout à fait honnête, ce n’est aucunement à sa sortie que je me suis penché sur cet auguste album, mais bien des années après, contrairement à d’autres formations bien plus en vogue en provenance de la même aire géographique. Et si l’on devait un tant soit peu évoquer ces fameuses madeleines, celles-ci sont fourrées de cannelle, de gingembre, d’épices et de tout adjuvant qui vous fera oublier votre condition de pauvres humains incapables de s’élever vers ces cieux plus cléments.

C’est même pétri d’une certaine admiration que l’on s’ébaudit dans ces méandres accueillants et chaleureux, comme une invitation à se délester de tout ce qui pourrait nous rattacher à cette terre cruelle et laisser ainsi son âme voguer aux travers de nombreux détours, tous aussi multicolores qu'affriolants les uns que les autres. Même avec peu de chose, il y a un charme assez inégalé et assez particulier que l’on n'arrive pas forcément à reconnaître l’époque que nous traversons: est-ce la fin des années soixante? les années soixante dix? ou bien ces nineties tant chéries? Ô, l’on ne sait plus où donner de la tête, toujours est-il que la Technicolor est tout de même au rendez-vous, avec parfois un peu de grisaille, mais qui s’effiloche assez rapidement au grès des humeurs, ou plutôt de ces harmonies qui vous cajolent, qu’elles en appellent à des choses plus terre à terre ou bien à des emprunts à un vocabulaire musical tant rapiécé dans la mémoire collective, avec cette poussière qui s’accroche à vos godasses, ou bien ces embruns qui viennent parfumer chaque recoin de votre corps.

Même si la chemise en flanelle et les mines sévères sont de rigueur chez ce quatuor, il y a tout de même une atmosphère sur ce Sweet Oblivion qui donnerait presque envie de porter des t-shirt tie-dye et de s’ébaudir en bord de plage à attendre paisiblement que le temps passe et que le soleil vienne se coucher à l’horizon. Anachronique au possible, il y a de ça chez Screaming Trees, tant l’ensemble sonne on ne peut plus centré sur d'un côté le garage-psyché de la fin des années soixante dix et de l’autre cette mixture entre un hard rock de la même période et quelques instantanés avec ce poignet folk, comme autant de roucoulades classes devant un feu, peu importe l’endroit. Mais c’est tout de même bien plus que cela ce Sweet Oblivion, car l’on sent bien que ce groupe avait quelque chose à dire ou à conter à une époque où tous ses copains commençaient à connaître un succès foudroyant. Oui, ceux-là avaient aussi les têtes emplies de tous ces espoirs d’une génération, mais plutôt que de rester figé à fixer leurs chaussures et de voir à quels degrés elles étaient usées, il y avait une envie de regarder vers le ciel, de laisser percer quelques lais de lumières, parfois un arc-en-ciel, derrière cette grisaille et cette pluie qui ne cessait de couler.

Il y a quelque chose d’enchanteur dans cet album, au titre ô combien approprié, et pour le coup, l’on pourrait dire que tout est dans ce titre, que cela suffirait presque comme simple description. Et pourtant, Screaming Trees n’y fait pas tant de surplace par rapport au précédent enregistrement, même si les effets sont les mêmes et les ingrédients ingérés avant l’enregistrement doivent être également identiques. Cet album transpire d’une certaine quiétude, où les vicissitudes de la vie sont à laisser à l’entrée de ce jardin d’Eden, où tout n’est plus que luxe, calme et volupté. Encore que calme n’est sans doute pas le terme le plus approprié, car en laissant de côté ces aspérités presque garage, les frères Van Conner et compagnie ont opté pour un son un peu plus saturé et un peu plus cradingue, ou en tout cas bien moins aigrelet. C’est là que réside la grosse différence par rapport aux autres albums, aidé dans ce sens par un Barrett Martin étincelant, et d’un Mark Lanegan des grands jours, ou en tout cas tel qu’on se le figurera désormais dans toutes les représentations que l’on se fera de lui.

Sans réelles surprises, il y a une aura toute lysergique dans cet album, où les saveurs de buvards et autres artifices pour franchir l’autre côté du miroir se ressentent amplement, tant dans ces mélopées enchanteresses venues d’un autre temps, que dans ces choeurs divins que l’on retrouve sur de nombreux titres. Mais plus que tout, Sweet Oblivion est un nectar des plus raffinés qui émerveille aussi bien par sa simplicité que par son authenticité. Il a cette saveur boisée et rafraichissante d’un printemps éternel, où les abeilles viennent butiner entre deux averses, profitant des accalmies et des montées, qu’elle soient de températures ou bien d’un tout autre acabit. Là où certains de ses collègues mettaient tout en oeuvre pour vous faire descendre au plus bas, Screaming Trees vous fait flotter dans l’éther, vous tient par la main et ne vous laisse pas tomber seul, préférant vous cajoler plutôt que vous laisser en position latérale de sécurité à vous morfondre au milieu de la nuit, à vous conter de nombreuses histoires rassurantes et apaisantes.

Sweet Oblivion en trois mots : bariolé, enivrant, cajoleur




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