Slow End
Special Low Frequency Version
Borborygmes souterrains
YONI

Avis des chroniqueurs

gulo gulo
Note

Informations

Première édition
2017 (1 x Cd)
Label
Ván
Avec
Henry Bones : basse
Mike De Chirico : batterie
Tony Bones : guitares
Dorian Bones : voix
Tracklist
1. Abraxas
2. Ecstasy of Hecate
3. Promethean Cult
4. Shamanic Meditation of the Bright Star
5. Totem
6. The Moonchild
7. V.I.T.R.I.O.L
 

CARONTE (Italie)

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Traditional doom Stoner

Chronique par gulo gulo, le 18 septembre 2017
(222 lectures)

Un aspirateur-robot : voilà ce qu'évoque YONI ; les trajectoires de ses riffs, celles de ses lignes vocales, son allure régulière et immuable ; comme on parle néanmoins de Caronte, un groupe qui maîtrise autant les riffs d'Electric Wizard que le chant de Danzig, on trouve çà ou là des moments de beauté et de brillance ; mais ce qu'on contemple semble un appareil automatique qui ne peut rien espérer d'autre que dessiner méthodiquement, sans états d'âme superfétatoires, le périmètre où il est confiné - et celui-ci, précisément, est tracé, borné, par Electric Wizard et Danzig.

Quand on vous dit (chaque fois qu'on parle de Life of Agony, Acid Bath, Reverend Bizarre ou Soilent Green) que la gestion de la vitesse est chose plus qu'importante, et que sa maîtrise n'est pas donnée à tout le monde, hein ? Le gros problème dont pâtit en vérité YONI, c'est son train uniforme, entre sénateur et Baloo, qui aplanit et uniformise toutes ses chansons, et vous traverse parfois de l'idée, aussi agréable qu'un douche froide pendant votre sommeil, que c'est cela le doom, ce tangage soporifique ininterrompu et imperturbable, cette allure ventripotente et satisfaite de l'être, qu'abattement égale aboulie paisible.

YONI vaut très probablement bien mieux que cela, qu'on a dit plus haut de désobligeant : son chanteur, qui est le crépuscule incendié, au loin, dans la lumière de qui se confondent Glen Allen Anzalone et Jaz Coleman ; ses guitares balançant entre wizardoom majestueux et hard rock mauve de fusée en partance pour les étoiles laiteuses (vous êtes bien chez l'éditeur d'Urfaust et The Devil's Blood (et même de disques qui réunissent les deux, si vous voyez ce que je veux dire), asseyez vous et détendez vous) ; ses morceaux de stoner doom bouffi de religiosité... Là ! c'est où se trouve la clé : l'onctuosité épiscopale de tout ce qui caractérise l'album - pochette, cadence, discours mélodique, rondouillardise ronronnante des riffs ; c'est en elle que finit de perdre toute forme l'album, mais, contrairement à Codex Babalon qui faisait de même dans les drapés d'une robe bien trop grande où il se noyait presque corps et biens : avant que d'en retrouver une à mesure qu'on s'y accoutume, oblongue, tantôt celle de quelque religieuse à la crème de proportions cosmiques, tantôt celle du sceptre de quelque ministre dévoyé de la foi ; mais peut-être, plus globalement et simplement, celle de la langue du cosmos qui vient vous enlever dans son infini aux senteurs fleuries.

Car ce qui en revanche sauve YONI, c'est l'heureuse absence de cette mégalomanie qui aurait si aisément pu venir s'assortir à ce caractère évangélique, ci-décrit : Caronte ne met pas d'épaulettes à ses phrases, n'ourle pas sa musique de synthés grandiloquents ou d'aucuns autres effets intergalactiques pour en sur-expliciter et surcharger l'auguste nature ; Caronte se contente pour seules paillettes de celles naturelles qui hantent le regard du mystique, continuant de jouer du rock - occulte paraîtra difficilement approprié, tant tout ici resplendit au grand jour de la propre lueur de son vouloir, aux yeux du monde, candide au sens premier du terme. Du rock religieux, donc, moins sauvage en lui-même qu'avant, par la force des impératifs de sa charge comme qui dirait (obligé de maintenir cette allure régulière pour guider tel Moïse le troupeau entier des ouailles à bon port ?), mais d'une religion qui s'adresse toujours aux mêmes, les gaillards, les joviaux cavaliers de la steppe thélémique. Et d'une puissance corruptrice, force est chemin faisant sur la voie où il nous emmène de le constater, toujours invaincue. D'avouer que la musique de Caronte est, nonobstant la consistance pâteuse qui gagne son sang toujours plus, depuis ses débuts, toujours aussi conquérante.

En conséquence de quoi, fatalement, il suffit alors de ne pas écouter YONI pendant quelques paires d'heures pour en entendre les molles et sybarites inflexions, vous grimper languissamment à l'assaut de l'esprit - l'assaillir et le saillir, bien entendu.

La surpuissance, tranquillou ; celle qui te donne la sensation de peu à peu te coller au siège et te réduire en fine poudre tous les os du corps, sans une seule fois toucher au champignon, sans avoir jamais la brutalité d'enfoncer l'éperon dans la panse rebondie de son lourd destrier de guerre, ni faire autre chose que la caresser tranquillement. Après tout, oui : c'est cela, le doom.

Plus prosaïquement : Electric Wizard, oui ; Danzig, oui ; mais, plus discret et plus implacable, Caronte a mis un Reverend Bizarre dans son moteur. Rendez-vous d'emblée, c'est plus raisonnable.

YONI en trois mots : vanillé, moelleux, radiant




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