Slow End
Special Low Frequency Version
On t'avait prévenu
Superunknown

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Informations

Première édition
1994 (1 x Cd)
Label
A&M Records
Avec
Chris Cornell : chant, guitares
Kim Thayil: guitares
Ben Shepherd: basse
Matt Cameron: batterie
Tracklist
1 - Let Me Drown
2 - My Wave
3 - Fell on Black Days
4 - Mailman
5 - Superunknown
6 - Head Down
7 - Black Hole Sun
8 - Spoonman
9 - Limo Wreck
10 - The Day I Tried to Live
11 - Kickstand
12 - Fresh Tendrils
13 - 4th of July
14 - Half
15 - Like Suicide
16 - She Likes Surprises
Remarque
Le titre She Likes Surprises est présent sur les versions européennes et australiennes.
 

SOUNDGARDEN (États-Unis)

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Stoner Grunge Hard '70s

Chronique par Derelictus, le 25 juillet 2017
(281 lectures)

Trop long, trop dense, trop touffu, trop mou et trop commercial aussi, pour beaucoup de monde Superunknown c’est l’album de trop. Celui qui aura fait exploser le groupe à la face du monde avec le hit Black Hole Sun, dont on ne pouvait pas manquer une seule journée son passage à la radio, et même à la télévision, durant cet été mille neuf cent quatre vingt quatorze. Le titre est pourtant honnête et fait toujours son petit effet aujourd’hui, mais sans doute que sa surexposition sur les ondes aura gâté tout son impact. Et, un peu à l’image d'un Dark Side of the Moon, - si l’on veut prendre un disque qu’il est bon d’avoir dans sa collection de bon rockeur qui se respecte -, que l’on pourrait presque résumer par la présence du titre Money, et qui occulte quasiment tout derrière lui. Superunknown souffre un peu de ce syndrome, pourtant, ce quatrième album est loin d’être un mauvais album, c’est même tout le contraire. Et pour être tout à fait honnête vis-à-vis de toi, ô cher lecteur, il fait partie de mon petit panthéon personnel de mes albums préférés, de ceux avec qui j’ai grandi, et qui m’ont accompagné durant ces dures années que l’on nomme l’adolescence, ce qui expliquera de nombreuses emphases et digressions personnelles dans les lignes qui suivent tant j’adore cet album et tant il m’aura marqué.

Si la volonté de devenir des stakhanovistes de studio a pu effleurer chez Chris Cornell et compagnie, à l’image de The Beatles qui furent très souvent cités comme une des références par les quatre musiciens lors de la composition de cet album, l’on ne peut nier cette annotation, tant l’acharnement des musiciens et tout le travail qu’ils accomplirent ici rappellent un peu les quatre de Liverpool. Cela pourrait presque être leur album blanc, et la longueur dudit album en y adjoignant toutes les face B de singles non incluses ici, aurait pu amener à la sortie d’un double album, mais sans doute qu'il y eut une certaine frilosité à faire quelque chose qui ne se faisait plus depuis les années soixante dix ou le début des années quatre vingt. Il n’empêche, Superunknown est de loin l’album le mieux composé, le mieux écrit et le plus versatile du groupe de Seattle. A cela s’ajoute aussi un travail exemplaire au niveau de la production, car il y a eu une recherche de sons sur tous les titres, et c’est sans doute aussi cela qui fait que cet album n’a pas pris une ride plus de vingt ans après sa sortie, donnant parfois l’impression que ce n’est pas le même producteur d’un titre à l’autre, mais en même temps ça se marie tellement bien à chaque fois avec l’atmosphère de chaque titre.

Il y a une richesse sur cette quinzaine de titres qui force tout de même le respect. Phrase qui ne veut plus rien dire désormais, mais pourtant, une pléthore de groupes auraient sans doute voulu avoir un centième de talent et être capable d’écrire un album aussi foisonnant et aussi complet, et, surtout, qui tienne la route en allant piocher dans différents registres et dans différentes ambiances; je pense notamment à un groupe qui faisait du thrash dans les années quatre vingt et qui a du écouter ce disque en boucle, au même titre qu’un certain Deliverance sorti la même année, et qui se fourvoya avec deux albums jumeaux sortis quelques années après. Ici, il y a tout autant de finesse, comme sur un Head Down, que du plombé, à l’instar d’un Mailman et, évidemment, d’un 4th of July, du droit dans la face, comme le quasiment punk Kickstand, ou bien du léché comme The Day I Tried to Live.

Et l’on retrouve bien toute cette diversité au gré des titres, et ces influences, avec une ouverture vers des territoires un peu plus psychédéliques, c’est d’ailleurs assez clairement affiché sur Head Down et Half, deux titres signés par Ben Shepherd, mais aussi dans quelques arrangements ici ou là, et notamment sur Black Hole Sun. Évidemment, le groupe qui a signé des brulots comme Slaves & Bulldozers et Jesus Christ Pose s’est un peu assagi, même si l’on retrouve tout de même des titres assez intenses comme le morceau titre, et, bien sûr, toujours ce groove fleurant bon les années soixante dix, avec toujours cette appropriation de ces métriques étranges héritées de Led Zeppelin, que l’on retrouve volontiers sur un Spoonman ou un My Wave. Mais il y a désormais une certaine fluidité dans tout ceci, au détriment peut être d’une mise de côté d’une facette plus incisive, bien que Chris Cornell soit toujours capable de ses légendaires colères, comme l’atteste Limo Wreck, et son final ardent. L’on pourrait passer en revue tous les titres tant ils demeurent encore et toujours aussi excellents et mettent bien en exergue ce travail d’orfèvre.

Mais j’aurais presque envie de dire que ce n’est peut être pas forcément tout cela que je retiendrai de cet album, ni même cette incroyable cohésion entre les musiciens et cette voix en or qu’avait Chris Cornell, bien qu’elle joue grandement dans l’impact qu’a cet album, l’on ne va pas se mentir. Non, ce qui m’a toujours attiré sur cet album, c’est cette collection de titres qui te foutent le bourdon dès leurs introductions, qui te plaquent au sol plié en deux, et te laissent les yeux humides. Pour moi, cet album c’est avant toute celui de Fell on Black Days, celui de The Day I Tried To Live, de Fresh Tendrills, de 4th of July et de Like Suicide, - comment qu’elle était ironique cette épitaphe d’album finalement, - tous ces titres qui laissaient entrevoir les maux d’un homme qui savait toucher juste avec sa musique et ses paroles. Évidemment, c’est facile de dire cela deux mois après le suicide de Chris Cornell, et de reprendre cette antienne qu’avait eu à l’époque les membres de Joy Division pour dire qu’ils auraient du lire les textes du vivant de Ian Curtis, et pourtant, même aujourd’hui, je suis encore obligé d’arrêter toute activité pour écouter ses paroles qui glacent toujours autant le sang. Et j’ai beau avoir écouté et découvert moult formations plus pesantes les unes que les autres depuis vingt trois ans, je ne fais toujours pas le malin devant 4th of July, qui aura sans doute été l’un des déclics pour apprécier tout ce qui pourra être gras et sale à la fois, mais qui restera pour moi cet instantané de noirceur pure au milieu de ce camaïeu de gris.

Évidemment, il y a bel et bien un côté madeleine de Proust à chaque fois que j’écoute ce disque, tant je l’aurais épuisé durant de longs après-midi pluvieux à lire de manière compulsive ce livret assez énigmatique, ou bien à contempler la pluie qui s’abattait sur le velux de ma chambre. C'est peut être ainsi que j’ai appris à apprécier ce qui était terne en lieu et place de ce qui était lumineux, et également fait l’apprentissage des gammes mineures, et ouvert toute une boite de Pandore, en quelque sorte, qui me tient toujours autant en haleine. Au-delà de ce côté purement affectif vis-à-vis de ce disque, il demeure tout de même un condensé de savoir faire et de génie que l’on n'aura rarement égalé dans ce registre. C’est ici que Soundgarden a accompli son grand oeuvre, quoi qu’on en dise, et aura marqué définitivement les esprits. Et rien que pour cela, et pour tout le reste aussi, Superunknown mérite amplement ses lettres de noblesse et non pas le côté réducteur que l’on veut bien lui donner. Et il rend encore plus amer quant à la décision d’un homme brisé d’avoir mis fin à tout cela.

Superunknown en trois mots : infini, étincelant, troublant




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