Slow End
Special Low Frequency Version
Fais-toi hippie
Melana Chasmata

Avis des chroniqueurs

gulo gulo
Note

EyeLovya
Note

Informations

Première édition
2014 (1 x Cd)
Label
Century Media
Avec
Thomas Gabriel Fischer : voix, guitares, programmation
V. Santura : guitares, voix
Vanja Šlajh : basse
Norman Lonhard : batterie, percussions
Tracklist
1. Tree of Suffocating Souls
2. Boleskine House
3. Altar of Deceit
4. Breathing
5. Aurorae
6. Demon Pact
7. In the Sleep of Death
8. Black Snow
9. Waiting
 

TRIPTYKON (Suisse)

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Traditional doom Gothique Thrash metal

Chronique par gulo gulo, ce mois-ci
(231 lectures)

Et si finalement il était ici, l'aboutissement de ce qu'est Celtic Frost ? Celui qui est soumis aux lois de Darwin, du moins, et du vieillissement : pour son avatar accroché tel Hibernatus à l'idée initiale, nous avons Darkthrone et Obituary. Mais celui qui n'est pas placé en champ de stase, n'est-il pas voué, avec l'âge, à se raffiner en ce disque de rock, que voilà ? Déjà, il n'y a qu'à voir les plus fringants héritiers du groupe aujourd'hui : Valborg, Khold, ils font du rock ; du rock bestial, difforme, monstrueux, fulminant, maladivement morbide, mais du rock ; comme si cette musique-là était faite pour maturer ainsi.

Vous pouvez même, tenez, ajouter au nombre ce petit groupe, vous savez ? qui a écrit ce morceau intitulé "Frosthammer" : lui aussi joue des albums de plus en plus rock, toutes proportions heroic thrash gardées - et, juste retour des choses par l'ascenseur, certains moments de Melana Chasmata font délicieusement penser à lui. Alors, quand par surcroît la musique en question est jouée par le primogéniteur, qui est le narcissique que l'on sait...

Melana Chasmata est un album de rock extrême, voilà ; les durées, les sonorités, les textures, les appétits de son auteur en sont extrêmes, et sont la cause de cet aspect chimérique qui est le sien, et de la somptueuse façon dont il porte haut les tons bistre et sombre, et le lustre annelé, de sa pochette, l'érotisme de son luxe répugnant entre cuir, bois rare, et abdomen d'insecte ; c'est toujours du Tom Gabriel Fischer dans le texte, pas de doute, et même à son sommet d'ampoule, d'hypertrophie de tous ses traits, de proéminence de son ego, de péplumisation de la moindre émotion... mais néanmoins sous une forme plus ramassée, directe, frontale, limpide. Certains moments, on croirait même apercevoir, au fond des reflets huileux, Soundgarden... D'accord, celui de Badmotorfinger, avec les dérèglements sensoriels induits par l'étrangeté de ses rythmes suborneurs et de sa charbonneuse acidité : c'est assez dire l'orthodoxie et la linéarité toute relatives du rock dont il est question ; cependant, l'offensivité et la souplesse de Melana Chasmata font que tout le long on a la sensation d'écouter du rock, si dantesque et dark fantasy soit-il ; ne fût-ce que par la mortelle souplesse de son trot de fauve, et par sa façon de savoir être primate quand il le faut. Oui, voilà le rock dont on parle : appelez cela thrash si cela vous chante, après tout Icon était bien l’œuvre d'un groupe fasciné par la trajectoire d'un groupe de thrash célèbre. Du thrash de type qui marmonne à un corbeau perché sur son épaule, du haut d'un pic surplombant les terres sauvages.

Un tel disque n'était-il pas, aussi, la seule voie qui s'ouvrait à Tommy après le canyon de détresse abyssale, le fleuve malade de magma mental, la diarrhée de l'âme, l'opéra des boyaux, qu'était un Eparistera Daimones qui ne faisait jamais rien d'autre qu'épouser contours et méandres égotistes de la complainte d'une psyché à la torture ? Un truc du genre du coup de pied qui vous fait remonter à la surface une fois que vous avez touché le fond ; ou bien peut-être, plutôt, le retour parmi les vivants, d'un voyage aux Enfers, vêtu en prince, l’œil hanté et luisant d'une malice d'acier qui fait soupçonner que l'on n'en a réchappé qu'en embrassant les ténèbres où l'on vous avait vu sombrer corps et bien, et pactisant dans sa chair avec celle-ci. Satan, Hadès, ou Héphaïstos, on ne sait.

Une dernière image eschatologique à partir de laquelle, tout naturellement, on remarquera que, où Eparistera Daimones était un peu d'un Neurosis né par erreur dans le corps d'un roadie de Manowar et pleurant des larmes de plomb fondu, Melana Chasmata tient beaucoup plus franchement, pour sa part, du Musclor romantique en chef - à savoir, bien sûr, S.A.S. Glen Allen Anzalone, et son How the Gods Kill. Oh ! il n'est pas encore l'heure d'affirmer que l'album pourra prétendre à la même immortalité et aux proportions mythologiques de ce dernier : il en faut pour cela, et même au gabarit d'un T.G. Fischer ce n'est pas acquit sans mouiller méchamment le maillot  ; mais il en a les capacités, tant au niveau d'une condition physique qui sonne ici affutée comme jamais, que d'une aptitude naturelle au théâtre n'étant plus à prouver depuis longtemps, mais qui force toujours l'admiration. Et en tout état de cause, pour ce qui est de délivrer une comparable forme de rock gothique monstrueusement musculeux, cimmérien, hérissé de poils comme des griffes, et huilé de noir, un genre d'épais, chaud et massif lingam d'ébène ruisselant de liquide séminal gigerien - à proprement vous décourager de comprendre un jour comment les gens peuvent écouter Fields of Nephilim, ou tout ce qui est sorti après First and Last and Always -, une musique dans la caste de qui au bout du compte on peut également compter les lointains cousins de The House of Capricorn... Triptykon se montre un peu mieux qu'à la hauteur de l'héritage de Celtic Frost, cet ancêtre obligatoire mais un peu rouillé, dans son rocking chair. Oui : ceci inclut aussi Monotheist.

Melana Chasmata en trois mots : râblé, incisif, hanté




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