Slow End
Special Low Frequency Version
Le vaisseau en sucre descendu de l'arc-en-ciel
Badmotorfinger

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Derelictus
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Krokodil
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Informations

Première édition
1991 (1 x Cd)
Label
A & M Records
Avec
Chris Cornell: chant, guitares
Kim Thayil: guitares
Matt Cameron: batterie
Ben Shepherd: basse
Tracklist
1 - Rusty Cage
2 - Outshined
3 - Slaves & Bulldozers
4 - Jesus Christ Pose
5 - Face Pollution
6 - Somewhere
7 - Searching With My Good Eye Closed
8 - Room A Thousand Years Wide
9 - Mind Riot
10 - Drawing Flies
11 - Holy Water
12 - New Damage
 

SOUNDGARDEN (États-Unis)

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Stoner Grunge Hard '70s Punk rock Heavy metal

Chronique par Derelictus, le 18 juin 2017
(317 lectures)

Il y a des évidences qu’il est bon parfois de rappeler, au risque de radoter, au risque de passer pour un vieil aigri confiné dans ses regrets d’un passé désormais révolu, d’une jeunesse qui s’est étiolée à petit feu. Et pourtant, c’est tellement évident que ce Badmotorfinger fait partie à tout jamais de cet âge d’inconscience, de cette bande son de l’adolescence, avec tout ce que cela pouvait impliquer de rotations infinies lorsque l’on est fauché et que l’on ne possède à peine une dizaine de disques à écouter - je vous parle d’un temps où internet n’existait pas pour les masses -, de ces longues après-midi pluvieuses à regarder par la fenêtre la pluie tomber et d’extrapoler comme si l’on était aussi dans l’État de Washington. Tout ça pour dire que ce troisième album de Soundgarden n’est sans doute pas qu’un simple disque acheté dans cette glorieuse première partie des nineties, mais bien plus que ça. Même s'il a eu le défaut de sortir que quelques jours après l’album bleu des uns, et l’album rose de ceux que Chris Cornell venait tout juste d’adouber avec Temple of the Dog, il fait partie de ces albums de chevets, indéboulonnables malgré des centaines d’écoutes, au bas mot. 

Si l’on devait jouer aux jeux des comparaisons entre cet album et Louder Than Love, on y voit un Soundgarden qui a perdu en lourdeur ce qu'il a gagné en vélocité et en intensité, et des titres comme Slaves & Bulldozers et - évidemment - Jesus Christ Pose en seront sans doute les meilleurs exemples de cette évolution, évolution sans doute induite par l’arrivée de Ben Shepherd à la basse. Le quatuor a ainsi gagné en efficacité et a amélioré l’écriture de ses morceaux, faisant un pas de plus vers une certaine maturité, qui s’affirmera complètement par la suite, mais en même temps vers plus de complémentarité entre ses quatre musiciens. C'est même d’ailleurs assez incroyable de se rendre compte de la fluidité de ces morceaux, de cette faculté à s’imprégner dans votre mémoire en un rien de temps, sans toutefois se départir d’une certaine complexité, avec des métriques souvent peu conventionnelles pour un format rock. Mais, pour ainsi dire, ces détails ne sont que futilité, car l’on a ici avant toute chose un groupe qui va droit à l’essentiel, avec une puissance de feu et surtout une propension à écraser tout sur son passage et en même temps éclabousser de sa classe le reste de la concurrence. 

Écouter cet album c’est comme avoir l’impression d’être assis sur un baril de poudre et ne pas connaître la longueur de la mèche qui va mettre le feu à tout ceci, car l’on ne sait pas à quel moment cela va exploser, et surtout combien de fois. Et l’on doit admettre que les moments incandescents sont nombreux sur cet album, que tout peut vrombir à tout instant, et qu’il en constitue en fait l’album le plus irradiant de Soundgarden. Ça pétarade le plus souvent sans relâche, en faisant bien monter l’intensité au fur et à mesure, un peu comme sur ce Room A Thousand Years Wide, où comment une relecture d’un Ten Years Gone devient complètement un brûlot avec ce saxophone tout droit sorti de Fun House. L’on pourrait discourir de l’entièreté de cette tracklist, exception faite de Drawing Flies dont le saxophone n’est pas des plus efficients, et aboutir à la même conclusion. Cet album transcende un peu les genres, en reprenant tantôt des éléments du bon vieux metal mais en le déclinant via le prisme du rock alternatif, d’autres du punk et du protopunk si chers à ces musiciens, avec d’ailleurs en point de mire cette bonne vieille scène de Detroit, et d’autres de ce hard rock aux relents seventies et redevables tout aussi bien du Dirigeable qu’à Black Sabbath, et que l'on ne dénommait point encore stoner. Tout ceci se ressent dans ces excellents riffs acérés et ô combien efficaces et dans cette aisance assez insolente.

Évidemment, s’il y a bien quelqu’un qui survole de toute sa classe cet album, c’est bien Chris Cornell, impérial de bout en bout sur cet album. On sentait poindre ses facultés vocales d’enregistrements en enregistrements, on a la confirmation ici d’une des plus belles voix qu'il a été donné d’avoir dans le domaine du rock, au sens large du terme. Cette voix d’or qui détonne par sa versatilité, par son aisance à passer à quelque chose de plus feutré vers des horizons bien plus orageux, avec un charisme évident. Qu’ils sont loin les balbutiements des deux titres présents sur la compilation Deep Six, l’on a à faire ici à un homme et à un groupe au pinacle de leur art et qui assument pleinement la disparité de leurs influences. Ça ne veut pas dire que les autres musiciens sont en reste, car, ici aussi, Kim Thayil s’impose comme l’un des guitaristes les plus originaux de cette période bénie, avec un toucher sans pareil et qui n’hésitait pas quelques expérimentations sonores bienvenues. Cela peut faire sourire de brandir un guitariste tel un guitar hero, lorsque l’on sait que ce mouvement grunge était tout sauf la mise en avant de cet héritage des années soixante dix et quatre vingt. 

S’il n’a pas été l'un des deux étendards d’une génération, Badmotorfinger possède toutefois ce feu sacré qui ne s’éteindra jamais, cette puissance de feu que nul ne peut annihiler, pas même plus d'un quart de siècle après sa sortie. Est-ce à cela que l’on reconnait un classique du genre, - mais alors quel genre d’ailleurs -? Je ne saurais dire, mais en tout cas, il fera, à jamais, partie de ces disques qui donnent l’impression d’être hors du temps et qui fait frissonner dès ces motifs de guitares qui se répondent en écho sur l’introduction de Rusty Cage, et qui résonne de mille feux encore et toujours. Il fait partie de ces disques qui vous donnent l’impression d’être dans un trip de pleine puissance, que rien ne peut vous atteindre et vous toucher, où vous avez pleinement l’impression de vous battre contre ce monde injuste, et que cette sorte de croisade ne pourra qu’être victorieuse. Album le plus rutilant du groupe, il n’a de cesse de surprendre tant pas sa fraîcheur que par son homogénéité, et surtout ne perd aucunement sa consistance au gré des années. 

Badmotorfinger en trois mots : indomptable, inexhaustible, invulnérable




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