Slow End
Special Low Frequency Version
Sea, sex and Sunn0)))
In Utero

Avis des chroniqueurs

gulo gulo
Note

Derelictus
Note

EyeLovya
Note

Krokodil
Note

Informations

Première édition
1993 (1 x Cd)
Label
Geffen
Avec
Krist Novoselic : basse
Dave Grohl : batterie
Kurt Cobain : guitare, voix

+ Kera Schaley : violloncelle
Tracklist
1. Serve The Servants
2. Scentless Apprentice
3. Heart-Shaped Box
4. Rape Me
5. Frances Farmer Will Have Her Revenge On Seattle
6. Dumb
7. Very Ape
8. Milk It
9. Pennyroyal Tea
10. Radio Friendly Unit Shifter
11. tourette's
12. All Apologies
12b. Gallons Of Rubbing Alcohol Flow Through The Strip
 

NIRVANA (États-Unis)

Voir tous les articles pour NIRVANA


Grunge

Chronique par gulo gulo, le 18 juin 2017
(308 lectures)

Ce n'est pas refaire le match à l'envers que de l'affirmer dans toute sa réalité crue : à sa sortie déjà, ce disque sentait la mort. Simplement ne l'a-t-on pas reconnue, parce qu'on était adolescent, donc baignait soi-même dedans sans en être conscient, et puis aussi parce qu'elle avait les couleurs, ma foi, qu'arbore l'album en sa pochette : celle du thé au lait, de la vanille, de la rabla. In Utero est le plus doux et chaud album de ce genre extrêmement doux dont il est quasiment le seul représentant, hormis les disques d'Undersmile : le funeral grunge.

La mort est là, douce et râpeuse, comme une brûlure de rabla, comme l'excessive lumière fébrile nimbant "Heart-Shaped Box", comme la maladie dévorant et bouffissant un "Milk It" qui pourtant se voit lacéré par un des éclats de rire à la fois les plus douloureux, poignants de vie et lumineux jamais entendus - et là encore, on parle de qualités qu'on lui trouvait bien avant le décès de Kurt. Parler d'In Utero est forcément indécent, obscène, et être obscène ne pourra jamais être fait avec la même grâce que montre Nirvana chaque seconde de ce disque cendreux, semblant fatigué de mille ans, et pourtant innocent comme peu de nourrissons, espiègle de même ; une grâce qui ne se dément ni au milieu des sommets de sauvagerie vomie - tels qu'un "tourette's" qui, si de telles choses avaient le moindrement sens, prouverait aux blasés nostalgiques de Bleach que leur claque-merde doit rester hermétiquement fermé ; ou un "Scentless Apprentice" qui vous rappellera que Nirvana avait sa place mieux que justifiée sur une face d'un split avec The Jesus Lizard, et qu'une bonne ligne de basse n'a pas à être le moins du monde sophistiquée pour tout dévaster - tant qu'au travers de moments d'indie ou noisy pop toxicomane tels que "Dumb" ou "Pennyroyal Tea", à remiser les Pixies et autres Breeders au placard d'où jamais ils n'auraient dû s'extirper ; une grâce funambule d'agonisant, résumée dans un "Rape Me" à la nouillerie digne - et d'ailleurs carrément reprise - de Nevermind mais revisitée dans les couleurs barbouillées de cette maladie suffocante, qui sont peut-être la plus gauche et saillante illustration de cette sourde fièvre qui étreint tout l'album, et l'étouffe de sa cotonneuse pesanteur ; une grâce qui fait d'In Utero celui qui donne un sens nouveau au doux tant qu'à l'amer, et à des formules toutes faites telles que sembler sur le point de se briser - ce qu'il fait toute sa durée, à la façon d'un vieillard sans bruit dans son déambulateur, sans que cela l'empêche de vous ronger l'âme d'un poison bien plus violent que tous les Stooges du monde, ou bien des groupes de noise-rock assidument déglingués (j'aime beaucoup Daughters, mais...), et dont le seul équivalent qu'on connaisse, là de suite, rayon mal-être insolent, est le premier Babes in Toyland.

Acide, titubant, sourdement nauséeux, un peu somnambule, In Utero est le sommet de beaucoup de choses pour Nirvana, et l'on passe sur tout ce qu'il y a comme portes ouvertes à enfoncer sur le sommet comme point de rupture : une conclusion sur un "All Apologies" se passe de commentaires, d'ailleurs elle-même s'excuse d'une grosse blague - mais il est certain qu'il est le disque qui montre à la fois ce qu'ils peuvent être de plus doux, et le plus cru. Frais avec fureur, et d'une fatigue sans âge. Ce cadavre-là n'était certes pas le plus banal qu'on pouvait rencontrer. Mais au fond c'est précisément ce qu'était ce qu'il faudrait appeler - se voudrait-on d'une rigueur musicologique black metal - la première vague grunge : une musique morbide. Regardez les extraits de concerts de Nirvana dans The Year Punk Broke, c'est un peu au-delà du punk, justement ; et In Utero est au croisement du venin de Jesus Lizard, de celui de Public Image Limited... et d'une sensibilité maladive, étrangère à ces deux derniers dans leur sarcasme quasi-univoque, qui ne pouvait engendrer de musique que morbide. Ceux des quatre qui ont survécu à cette période l'ont fait en cessant de la jouer, cette version du grunge. Certains ont fini par se faire rattraper, cependant.

In Utero n'est pas un disque qui a déjà un pied dans l'autre monde mais ne le sait pas, c'est ce qui en fait un cousin et non un jumeau, de cet autre album à pochette crème que l'on appelle Closer ; c'est très simplement un album qui tous les soirs va zoner en ville avec la mort, et souvent la laisse dormir avec lui dans cette grande maison pleine d'araignées, qu'il occupe seul.

In Utero en trois mots : pâle, brûlé, détaché




Facebook 

Commentaires des lecteurs pour ce disque

Il y a 1 commentaire pour ce disque