Slow End
Special Low Frequency Version
Bientôt, dans une cigarette prêt de chez toi
Of Throes and Blight

Avis des chroniqueurs

gulo gulo
Note

Informations

Première édition
2017 (2 x Cd)
Label
Weird Truth
Avec
Charles Ward : basse
Marquis : voix, guitare
Asmael Le Bouc : basse, voix
Berserk : guitare
A.D. K'shon : batterie
Tracklist
Disque 1
1. Slowly We Crawl Towards Crumbs
2. Spit at My Face, I Will Pluck Your Tongue Out

Disque 2
1. Vermin
2. Vanishing Once and for All
 

FUNERALIUM (France)

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Doom death Black metal

Chronique par gulo gulo, le 12 mai 2017
(499 lectures)

Oh, et puis à la fin, pourquoi avoir peur de dire des conneries au sujet de Funeralium ? Quoiqu'il arrive, j'en dirai, j'en ai déjà dites, et ça ne m'a jamais empêché de faire des constats de vérité. Et puis, n'est-ce pas ? chacun ses images, chacun sa merde.

Alors question style, si pour ma part je n'ai jamais commis l'impardonnable impair de les traiter de funeral (si, si, ça leur est arrivé), au moment de qualifier Of Throes and Blight, j'aurais la témérité d'y entendre une coloration plus soutenue, plus riche qu'à l'accoutumée, tant en black - tour à tour suicidaire, valseur ou punitif - qu'en doom death majestueux sinon épique - toujours, attention l'on parle bien de Funeralium, dans un esprit doom extrême, toujours très doom et très extrême, donc d'une couleur de misère personnelle sans la moindre concession à l'indulgence, et de mépris universel inflexible, qui s'énoncent avec une dignité et une austérité de tous les instants... Mais qu'il me soit permis de trouver que, pour cette fois, ce n'est pas l'abominable raclée, la dégelée accoutumée - ou, plus exactement, celle qu'on attendait du groupe depuis celle marquante qu'avait administrée le très sinistre Deceived Idealism ; on découvre ici une sensibilité, une émotion inattendues - même si de toute évidence elles ne se livrent au détriment ni des charges diluviennes, ni des malédictions qui rampent des heures durant - ni non plus de la qualité, caractéristiquement élevée. Disons que cette fois-ci,  puisqu'au moins conservè-je de vagues souvenirs de mes âneries antérieures, je n'ai pas éprouvé la tentation de jouer vraiment au con avec des allusions à Kickback. Plutôt d'en faire à la Lune, à une forme très très dévoyée de Primordial (on a tout de même parlé de conneries : il faut savoir se montrer à la hauteur de ses promesses), et de brosser des hypothèses d'errances hagardes à travers bois ; pour le dire autrement, il y a quelque chose dans Of Throes and Blight qui invite au voyage, à l'envol même, et à lui donner un titre huysmansien, tel qu' En Partance (je ne vérifie pas la disponibilité, je vous laisse prendre ce soin) ; auquel chacun sera libre de donner des significations suicidaires, mais où il est également permis - je me le permets - d'entendre des résonances tour à tour nautiques ou, donc, forestières ; pour Baudelaire, c'est vous qui vous voyez, j'ai jamais pris le temps de lire.

On le voit, Of Throes and Blight met d'humeur presqu'aussi littéraire qu'un Ataraxie - on parle tout de même d'un album qui vocifère "I shan't tolerate" - et devrait, dans un monde bien ordonné, couper toute envie à quiconque de continuer à prononcer le nom du groupe comme s'il était quelque personnage d'une aventure d'Asterix, tant l'album est aristocratique à en rappeler ses cours de latin même à qui n'en a jamais reçu. Il montre également Funeralium - maintenant que ça rime - toujours plus doom, extrêmement doom (quelle autre musique est capable d'ainsi s'abîmer dans toutes les nuances d'une entière journée de pluie, jusqu'à finir par lui faire une cour enflammée à en crever ?), mais semblant par le fait parti encore plus loin de toute humanité (quand je vous disais qu'il y avait du black metal à l’œuvre ; on irait presque jusqu'à y adjoindre l'épithète de mélancolique, si l'on ne craignait que d'aucuns le prennent à l'abusif sens chochotte du terme : cette fois c'est à vos cours de grec que j'en appelle), s'enfonçant toujours plus loin en lui-même, en sa propre macération qui en vire à la rêverie en plus d'un endroit, ce qui donne au disque des contours - toutes choses étant relatives - plus apaisées, quand bien même la cause en est un dépouillement total de l'espoir...

Toutes choses, insistons bien lourdement, étant relatives : lorsqu'on chie un peu trop dans les bottes à Funeralium, ou lorsqu'il a bien fini de ruminer jusqu'à l’écœurement la lie de ses songeries existentielles,  nommément lorsque "Spit at my Face, I Will Pluck your Tongue Out" arrive à sa conclusion... Gare à la sanction pour ceux qui n'ont pas eu la présence de quitter la clairière. Le Funeralium dont la devise pourrait être "Show no mercy" n'est pas encore complètement enterré ; cependant, le "Vermin" qui suit, et dans cet éclairage récent semble promettre le même type de châtiment, paraissant de longues minutes tournoyer à la façon d'un vautour sur le point de fondre sur la viande pas encore tout à fait morte, au bout du compte ne le fait jamais, comme incapable de trouver la force mentale d'encore une fois lever bien haut le merlin, et l'abattre : voyez l'horrible tranchant de pelle de cette basse, qui préfère encore caresser le sol, que les cous. Funeralium cette fois réserve toute sa brutalité - et son raffinement - pour enfoncer un à un, amoureusement, les nombreux clous à la porte derrière laquelle il s'emmure pour échapper tranquillement toute la fichue soue qu'est ce monde, et se reclure toujours plus profond dans sa divagation.

On pourra récuser cette façon de voir les choses, cette manière de trouver son chemin à travers la nuit désolée d'un album bien entendu une nouvelle fois horriblement massif ; chacun reconnaîtra les émotions, les plaies et les résolutions qu'il pourra dans ce dédale froid comme la pierre ; on pourra également discuter le fait que ses façons indubitablement plus sophistiquées le rendent peut-être encore plus bon à enfermer que le sans-titre, et son lent et glaçant glapissement qui sourdait de la terre, question débondage de démence pure. Ce qu'on ne pourra pas discuter, c'est que l'on contemple ici l'album le plus mémorable, ample et fluide de Funeralium, d'ailleurs sur ce dernier point vous n'avez qu'à voir, je l'ai même écouté deux fois d'affilée l'autre jour, et il m'a même motivé à me montrer journalistique au point de réécouter les deux précédents - et le plus beau. Beau comme une cape de dédain qu'on se serait taillée dans sa propre peau écorchée, beau comme le bourreau qui se retire du monde, dégoûté même de sa juste tâche.

Of Throes and Blight en trois mots : de, guerre, lasse




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