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Louder Than Love

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Informations

Première édition
1989 (1 x Cd)
Label
A&M Records
Avec
Chris Cornell: chant, guitares
Kim Thayil: guitares
Matt Cameron: batterie
Hiro Yamamoto: basse
Tracklist
1 - Ugly Truth
2 - Hands All Over
3 - Gun
4 - Power Trip
5 - Get on the Snake
6 - Full On Kevin’s Mom
7 - Loud Love
8 - I Awake
9 - No Wrong No Right
10 - Uncovered
11 - Big Dumb Sex
12 - Full On (Reprise)
 

SOUNDGARDEN (États-Unis)

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Grunge Hard '70s

Chronique par Derelictus, le 16 avril 2017
(375 lectures)

Plus bruyant que l’amour, c’est peut être trop comme effets d’annonce, et en tout cas quelque peu prétentieux, même si d’autres prétendront plus tard être plus bruyants que l’enfer, mais c’est aussi ce qui caractérise pas mal ce deuxième album de Soundgarden, le premier pour le compte d’une major, ce sont eux qui ouvrirent la brèche pour pas mal de leurs concitoyens. A distribution plus conséquente, et c’est sans doute une des choses les plus notables lorsque l’on insère Louder than Love dans son lecteur, l’on a surtout ici une production qui a pris de l’ampleur et avec cela un certain grain et même un cachet assez vintage, il faut dire que ce ne sont pas des manchots qui ont travaillé dessus. Ça, c’est pour l’aspect cosmétique de la chose, et ça vieillit plutôt bien, et si Chris Cornell n’est pas encore tout à fait le beau gosse de toute une génération, ça commence à se sentir qu’il prend petit à petit la mainmise sur ce groupe, et qu’il s’affirme tout de même comme l’un des meilleurs chanteurs de sa génération, avec une versatilité et une maturité qui se mettent bien en place sur cet album. Et pourtant, quand sortit cet album, pour beaucoup d’acteurs de cette fameuse scène de Seattle, les choses étaient un peu rentrées dans les rangs, et notamment de voir quelques unes de leurs têtes de gondoles passer de l’autre côté de la frontière.

Mais là n’est pas du tout l’essentiel de cet album, trop méconnu et loin d’être le brouillon de Badmotorfingers, comme on peut souvent le présenter, et qui recèle en lui des moments de gloire, et, tout simplement, des compositions mémorables et un ensemble plutôt homogène, ce n’est pas vraiment sur celui-ci que l’on va y trouver des tubes qui passeront en boucle à la radio et à la télévision. C’est sans doute l’album le plus lourd du groupe, même si par la suite, tel ou tel titre pourront aisément concurrencer par leurs aspects calorifères cette place, que cela soit dit une bonne fois pour toute. Il y a tout de même une constante sur cet album, ce côté un peu bourbeux, avec un feeling que l’on pourra rapprocher des titres les plus lourds de Led Zeppelin - la sempiternelle comparaison entre les deux groupes vient probablement d’ici -, les titres les plus alertes d’un Black Sabbath, ou bien du travail de sape effectué depuis quelques années par leurs compères de Melvins, qui avaient montré à une pelleté de musiciens comment accorder sa guitare et faire du drop D une nouvelle bannière pour toute une génération. Aussi voyons-nous ici les quatre musiciens de Seattle déployer tout leur art, avec tantôt un côté véloce, comme sur Full On Kevin’s Mom ou Get on the Snake, avec d’autres moments où ils traînent bien plus la patte comme sur le morceau d’ouverture ou bien sur l’excellent I Awake, l’une des plus belles prouesses vocales de Cornell sur cet album. 

En tout cas c’est aussi ici que le quatuor a gagné ses lettres de noblesse non seulement pour la qualité de ses riffs, et au noms desquels l’on pourrait remettre une médaille à ceux de Hands All Over, Gun et Loud Love, mais aussi pour la qualité des compositions, où l’on a fait la part belle à l’efficacité, sans pour autant négliger les petits détails qui rendent cette oeuvre toujours aussi fraîche, et également un groove assez entraînant. Et à ce titre, Gun restera sans doute l’un de leurs titres les plus emblématiques avec ce tempo qui accélère et cette tendance à exploser au fur et à mesure de son avancement. D’ailleurs, il y a quelque chose qui est assez particulier avec cet album, c’est cette bivalence entre lumière et obscurité, entre ces composantes assez tortueuses et cette luminosité qui perce de temps à autres dans cette brume. Car il y a avant toute chose une volonté de ramper, de s’accrocher aux basques sans vraiment vouloir lâcher sa proie, avec des riffs tentaculaires, qui ratissent assez bas, mais en même temps des soli, qui sont loin d’être primaires, et quelques effets de manche, dont le jeu particulièrement vigoureux et intelligent de Matt Cameron, qui sont loin d’être décoratifs, mais qui finissent par transpercer dans cette mélasse. Et puis le groupe a su faire sienne cette faculté de jouer avec nos nerfs entre instantanés plus posés et d’autres bien plus vigoureux, faisant ce va et vient au gré des colères de Cornell, même si là encore, le groupe fera mieux dès l’album suivant.

Et si le groupe se permet quelques incartades comiques, notamment sur le Big Dumb Sex, très critique de la scène hair metal alors en vogue, il y a toute de même une gravité qui ressort de ce disque, et c’est même une particularité que l’on retrouvera par la suite chez ce groupe. Comme pour mieux exprimer cette amertume de ces journées passées sous la pluie où la seule chose honorable que l’on puisse faire, c’est passer son temps dans un local de répétitions à créer de la musique et d’y mettre toute sa verve et toutes ses appréhensions de la vie pour un jeune adulte. L’on retrouve d’ailleurs bien plus cette ambiance plombée et ciel gris sur cet album, plus que sur tous les autres, et c’est d’ailleurs le seul où les aspérités plus rentre dedans ont été mises de côté, je pense par là à ce côté plus incisif hérité de la scène proto-punk/punk/hardcore, et ce n’est sans doute pas un hasard. Mais en tout cas, tout est bien en place sur ce Louder Than Love pour faire de Soundgarden bien plus qu’une curiosité issue de l’underground américain, mais bien une formation qui allait être en mesure de mettre à l’amende pas mal de ses contemporains et, surtout, redonner goût à la musique des Grands Anciens, dont l’influence se ressent assez conséquemment sur cet opus. Et c’est peut être de cet amour dont il est question d’être plus bruyant, et cela n’a pas fini de résonner dans nos têtes depuis quasiment une vingtaine d’années.

Louder Than Love en trois mots : crépitant, embruiné, étincelant




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