Slow End
Special Low Frequency Version
Voix d'en-bas
A Place Where There's no More Pain

Avis des chroniqueurs

gulo gulo
Note

Informations

Première édition
2017 (1 x Cd)
Label
Napalm
Avec
Alan Robert : basse, voix
Joey Z : guitare, voix
Mina Caputo : voix
Sal Abruscato : batterie
Tracklist
1. Meet My Maker
2. Right This Wrong
3. A Place Where There's No More Pain
4. Dead Speak Kindly
5. A New Low
6. World Gone Mad
7. Bag of Bones
8. Walking Catastrophe
9. Song for the Abused
10. Little Spots of You
 

LIFE OF AGONY (États-Unis)

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Grunge Neo metal

Chronique par gulo gulo, le 14 avril 2017
(356 lectures)

Keith Caputo va beaucoup mieux, vous l'avez forcément lu ou entendu, plus ou moins dans quelles grandes largeurs importe peu - car il n'est plus ; remplacé par Mina Caputo. Et, ainsi qu'hélas on est toujours fondé à le redouter lorsqu'un artiste très écorché et très sensible va mieux, cela s'entend ; oui, "hélas" et "redouter" : je n'ai pas besoin d'entrer dans les détails, on a saisi le malaise (si j'ose dire).

Le pire ? C'est que du coup, cela met en lumière ce que Life of Agony peut avoir de pire, les jours sans : cet air de version toute pérave d'Alice in Chains, de wanna-be Alice in Chains (pourquoi donc vouloir être qui que ce soit lorsqu'on est Life of Agony, bon sang ?!) joué par une poignée de bœufs new-yorkais (ah ça ! ils sont mal inspirés de fanfaronner en interview, justement en ce moment, comment ils ont cessé d'être NYHC depuis longtemps : on pense ici à des trucs aussi idiots que Biohazard, la dimension fanfouette en sus ; et je dis ça parce que je suis gentil, par admiration pour les coupes de Billy Graziadei, et pour ne pas dire Emmure), qui nous rappelle cette triste vérité, que sans Alice in Chains probablement pas de Korn.

Mais ce n'est pas le pire, voici le pire : on se laisserait presque taper du pied, à écouter ces riffs vaniteux, craignos, imbéciles ; ce qui nous retient ? bien davantage que le souvenir, venant rôder pendant quelques passages pesants, que le groupe dont on parle a un jour tutoyé Type O Negative ? La vulgarité plate de la voix de Mina. Oui, voilà ce que l'album a d'authentiquement douloureux, devoir se colleter avec ce constat. Se dire qu'un album de Life of Agony est gâché par Caputo, peu importe le prénom qu'il faille lui donner, Caputo qui arrivait pourtant avec à peu près la même voix à insuffler au très chromé SSS toute la frissonnante amertume qu'on adore ; et que c'est en dépit de Caputo, que les trois derniers morceaux réussissent à être presque bons, lorsque le groupe réussit à s'extirper de ce fiasco calibre Life is Killing Me, à s'arracher à la bourbe de son lourd manque d'inspiration (le riff des deux premiers morceaux ? c'est sérieux ? oui, "le", j'en compte un demi chaque, c'est bien payé). Oui-da, on trouvera quelque chose à sauver ici, parce qu'on parle tout de même de Life of Agony et qu'on s'acharne forcément un peu, alors qu'on aurait pu lâcher le disque de même qu'on aurait pu le faire de cet article, sur une note brusque et sans pitié, à plusieurs reprises déjà, relisez donc et vous verrez où...

On en vient même rapidement à se rendre : à l'efficace disgrâce du morceau éponyme, à l'épanouissement radieux qu'il représente sous l'angle de la nature nouvelle de Life of Agony. On en vient, par l'effet d'une empathie qui peut-être ne s'éteindra jamais, à en trouver un peu partout, de petits éclats vocaux qui rappellent le poignant tranchant FM de Cédric Toufouti - semés partout au milieu des effets pouffiasse intouchés par la grâce (je n'ai pas été jusqu'à écouter Skid Row pour vérifier, mais c'était juste) ; à dénicher çà, là, de ces beautés pareilles à de pâles roses égarées dans le rude vent d'hiver, telles un "Bag of Bones" qui conjugue des couplets pompant comme des sagouins (l'intro, encore moins discrètement que celle de "Dead Speak Kindly" avant que celle-ci ne vire total pastiche Sickman/God's Smack) la signature sonore Type O Negative, à des refrains dans un pop-punk souffrant façon Therapy? ; le groove prongien implacable de "World Gone Mad" (bon sang, leur nouveau goût du riffing robotique n'y est-il pas encore plus resplendissant que sur le morceau-titre ?), entre ses refrains West Coast total (quasi du Nine Inch Nails avec un soupçon de Jane's Addiction) ; une capacité intacte à invoquer Paradise Lost au moment le plus incongru (à savoir au milieu du très Depeche Metal "Walking Catastrophe"... ah mince, du coup ce n'est pas si incongru) ; "A New Low" et ses allures de Crowbar (c'est que la mère Mina fait vachement bien l'étranglement à la Windstein, té) qui ne serait pas obèse, mais capable d'une serpentine androgynie à en faire rougir un Staley ; "Walking Catastrophe", justement, qui retrouve presque le chemin du neo-grunge-soul d'Ugly ; et bien entendu la très suicidaire et très entêtante "Little Spots of You", remémorant autant RRR que The Downward Spiral, à l'écoute de quoi il est permis de se demander si Mina va réellement beaucoup mieux que Keith. De ce côté-là aussi, on peut rapprocher le groupe de Crowbar, et l'album de Symmetry in Black, dans la façon d'aller mieux physiquement mais avec des plaies intimes vouées à ne jamais fermer.

Bref on finit par accepter : de faire son deuil de Keith, mais aussi puisque Mina n'est pas toute seule à tenir la baraque, de voir qu'il y a surtout le début de l'album, de pénible à traverser, avec ses airs d'entrée des acteurs sur un ring WWE, et les images de la gueule à Gary Meskil y attenantes (et encore, peut-être passerait-il mieux si la participation de Caputo n'y était si quelconque et absurde (mais sapristi, pourquoi vouloir devenir sosie de Layne Staley quand on a été son frère ?!) ; et qu'ils ne sont pas pour rien dans cette merveille - mais oui - qu'est "Bag of Bones". Bref derechef, que Life of Agony n'a jamais été quelque chose de joli - d'ailleurs l'honnêteté commande de se rappeler qu'on avait même trouvé RRR prodigieusement moche, à l'époque - mais toujours quelque chose de très américain, voire d'italo-new-jerseyan aussi fier et farouche que, justement, la tignasse à Billy Graziadei, de laquelle parfois Keith s'est approché, rappelons-le nous ; et en même temps que cette facette très patate qui a toujours existé, cette laideur souffrante telle celle d'une créature de Frankenstein dont les coutures résulteraient des blessures d'une vie de la rue aussi emo qu'elle est tough. Dès lors, la vulgarité n'est pas un critère pertinent. Life of Agony peut se permettre de pomper non seulement le son "fourrure" de Type O, mais encore le grésillement radio introductif, et les embardées Mötley, et encore transfigurer par-dessus le marché tout ce matériau en Steele trempé, dans son propre langage, ce putain de FMNYHC dépressif ; ce qui s'appelle un crossover royal, grand comme un grand roque, de ceux qui donnent envie de chausser ses Adidas Torsion pour leur emboîter le pas. Life of Agony peut toujours porter son nom aussi haut que ce logo de nouveau fièrement arboré à l'entrée. "My way to cope, my way to live", hé ? Connards...

Le pire ? On l'attendait de cet album dès qu'on a sur que Caputo allait mieux - et on aura pu se la fiche derrière l'oreille ; le pire, ce n'est même pas que je vais finir par entendre une forte fraternité entre A Place Where There's No More Pain et River Runs Red (et Ugly, d'accord) ; mais c'est que je ne vais pas pouvoir continuer à esquiver une écoute sérieuse de Broken Valley.

Bon, d'un autre côté, ça fait plaisir que Hangman's Chair ne soient plus tout à fait seuls, dans cette moderne époque.

A Place Where There's no More Pain en trois mots : lost, at, 42




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