Slow End
Special Low Frequency Version
Ode aux crématorium
Cloak of Skies

Avis des chroniqueurs

Krokodil
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gulo gulo
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EyeLovya
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Informations

Première édition
2017 (1 x Cd)
Label
Transcending Obscurity Records
Avec
B.H. Honkey : batterie
Honkey Head : chant, bruits divers, synthés divers
Hobbs : guitare
Brown Honkey : basse
Tracklist
1. Pool of Failure
2. Sickening Wasteoid
3. Outlet of Hatred
4. (It's Not) The Way
5. The Oblivion of an Opiate Nod
6. Cloak of Skies
7. Pool of Failure (JK Broadrick remix)
 

DRUG HONKEY (États-Unis)

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Industriel Dub

Chronique par Krokodil, le 31 mars 2017
(452 lectures)

L'album de la maîtrise ? L'album de la maturité ? L'album de la synthèse ? L'album de la force tranquille ? (...) Peut-être même l'album de la sobriété ?

C'est un peu triste de l'admettre, mais le nouvel album de Drug Honkey est très... carré. Enfin pas très Drug, quoi. Pas très généreux en ganja vibes, en free rizla, en troisième oeil... C'est pas la fièvre insoutenable de Ghost in the Fire quoi, ni la monstruosité parfaitement désinhibée des synapses de Death Dub... Exit les collages aléatoires de séquences rivalisant de mocheté, et exit les petits plaisirs hédonistes simples... Enfin partiellement exit... Ce qui est déjà beaucoup trop. Les nouveaux morceaux de Drug Honkey ressemblent presque à de vrais morceaux. En tout cas les morceaux les moins dub ressemblent presque à de vrais morceaux de metal, voire de post-metal. Si c'est bien ou mal, j'en sais rien, et on s'en fout ; en tout cas, on a le droit ici à des morceaux avec des structures intelligibles et hiérarchisées, avec des moments forts et des lignes de guitares parfaitement identifiables, avec un chant qui en impose pas mal, et avec une cohérence narrative pour le moins inédite chez nos hommes. D'ailleurs, pour être tout à fait franc avec vous, c'est même la première fois que j'arrive à écouter un disque entier de Drug Honkey tout en me disant après chaque titre "putain que c'est bien foutu". La vérité est là. Ces morceaux sont ce qu'ils sont, et peut-être que ça ne ressemble pas au Drug Honkey chéper qu'on a connu, du moins auquel on s'est habitué, mais ces morceaux sont foutrement bien branlés. Ils sonnent bien. Pire encore : ils sonnent juste ! Après... N'allez pas voir du péjoratif ou du snobisme là où il n'y en a pas. Pour ma défense, je fais partie de ceux qui apprécient Metamorphogenesis à sa juste valeur et pour ce qu'il est : la version pop-démocratique de The Pernicious Enigma destinée aux gens pressés. Vous conviendrez bien que tout le monde ne dispose pas de journées de 26 heures. Et si à fortiori un Esoteric exigeant c'est très bien (je parle de Pernicious Enigma), un Esoteric pas trop exigeant c'est très bien aussi (là je parle de Metamorphogenesis).

Bref, Esoteric, ça vient foutre quoi là-dedans ? J'ai envie de vous dire que ça a autant à foutre là-dedans que Scorn et Godflesh. Et que là n'est pas le sujet. Car... figurez-vous qu'avec Cloak of Skies, Drug Honkey a signé - aussi et surtout - l'album de l'émancipation. (Enfin pas tout à fait, y'a quand même un featuring qui démontre le contraire, mais bon, tout est compliqué de nos jours)... Ainsi Drug Honkey a cessé d'être cette curiosité de laboratoire, cette horreur difforme que l'on observait muter aléatoirement dans son univers paramétré par la radioactivité. Drug Honkey a cessé d'être cette merveilleuse aberration organique que l'on admirait se tortiller de douleur dans ses propres vomissures, se répandre de toute son enveloppe sur son continent de déchets toxiques. Et donc, Drug Honkey iz back pour enfin vivre pleinement sa vie de monstre arrivé à l'âge adulte. Enfin... de prédateur évolué au sommet de la chaine alimentaire. Quand bien même le degré d'abstraction bien caractéristique de leur musique subsiste, quand bien même l'on continue de se bouffer çà et là quelques bonnes vagues de pur dub bien anxyogène (Sickening Wasteoid, quoi), voire même de plonger parfois dans des gouffres mystérieux et délicieusement néo-noirs (Queen Elephantine et le Gutter Tactics de Dälek en ligne de mire), difficile de ne pas se demander si une production plus crue - plus moche tout simplement - n'aurait pas conféré à l'album une saveur plus ... prononcée. Plus étourdissante. Plus Drug Honkey quoi.

Car voilà, ici même se trouve le petit truc qui fait que j'aime bien Cloak of Skies, mais que je ne l'aimerai jamais plus que ça : son sound-design. L'utilisation d'un tel terme n'est pas le fruit du hasard, et même si l'on ne parle pas de la dernière sortie de Stroboscopic Artefacts, on parle quand même d'un groupe qui pue autant la charogne que The Body, Author & Punisher ou une cochonnerie de chez Sacred Bones ; Pharmakon à tout hasard. Cette odeur putride et addictive, cette fragrance divine de mort, qui donne l'impression de tituber sur des montagnes de cadavres avec de jolies seringues plantées dans les bras, je ne la trouve pas ici. Pas dans ce son. Et croyez bien que ça m'emmerde au plus haut point. Quant à la présence et au remix de l'illustre Justin Broadrick, c'est bien à l'image du disque, tout aussi bien fait : la puissance martiale d'Us & Them (le morceau, pas l'album), la fournaise post-nuke de Streetcleaner et la beauté lancinante de Messiah condensées en 6 minutes montre en main. Que de bonnes choses. Rien que de bonnes choses.

Franchement, j'aime bien ce nouvel album de Drug Honkey, il est très bien branlé. Il sent bon le naufrage. Sauf que Jürgen Prochnow est encore dans le navire, et qu'il y a de l'espoir. Et qu'au-delà de toutes ces considérations esthétiques finalement très débiles (subjectives, soyez indulgents), j'ai pas eu ma dose d'acide et de laideur. Et je suis très frustré. 

Cloak of Skies en trois mots : cure, de, désintox




Industriel Death metal Dub

Chronique par gulo gulo, le 30 avril 2017
(199 lectures)

Ainsi, c'était donc cela, que les mots voulaient dire. La sensation d'avoir les cieux qui s'ouvrent devant soi, offerts sans barrière, avec le corollaire que cela signifie en retour que vous êtes nu et à la merci du vide, sous la voûte monstrueuse, laquelle a l'air d'avoir un légèrement plus grand gousier que vous - et pourtant d'être comme sous cloche, couvert d'un pesant manteau de canicule, de peau humaine, d'on ne sait quoi de moite et pesant comme une chose morte, ne serait-ce que le temps d'un sommeil stupéfié de bête ; une sorte de manteau pour une sorte de ville du futur à la fois jungle tropicale exubérante et sur-germination technologique, non moins anarchique, spongiforme, pullulante et purulente de vie.

Une cité aussi grandiose que rongée par une lubricité sordide, une sorte de cathédrale à la gloire de la vermine, grimpant à l’assaut des cieux et pulvérulant pourtant depuis sa base pourrie jusqu'à son sommet frétillant d'avidité, une cité qui tient autant du premier Techno Animal que des moments les plus narcotiques de Re-Entry (il est d’ailleurs également permis de penser à Dirge époque IBM, qui se serait mis à l'héroïne), ou des morceaux les plus monstroplantes (l'inoubliable "Excavator"... dont, c'est certain, Drug Honkey ont gardé un souvenir aussi humide que votre serviteur) de Radio Hades mais traduit en death metal opiomane - voire plus spécifiquement en Bolt Thrower noyé dans une cachaça à la ganja -, une ruche bourdonnante de danger comme elle le ferait de cent-mille grillons, une transcription en langue sludge d'un Ghost in the Shell écrit par Pétrone ; au point que lorsqu'arrive l'intervention de Bruce Lamont, on a complètement oublié qu'on en avait été prévenu et aurait peut-être dû la guetter, et qu'on l'accueille comme s'il n'y avait jamais rien eu de plus naturel qu'un saxophone dans Drug Honkey, ou en tous cas comme s'il était là, muet dans un repli de viande de ce rêve, depuis le début de Cloak of Skies, et sa bienveillante moiteur d'idéal compromis entre club lounge et fourmilière.

On se doutait bien, aussi, qu'il y avait de fortes chances pour que se tapît quelque chose de fumant, derrière ce nom frappant, lorsqu'on l'a lu annoncé pour la première fois, c'est même la cause - la puissance d'évocation, on appelle cela, ou en plus court la poésie - qu'on a tout de même fini par faire trempette dans l'album, en dépit de ce qu'on était dans une période de sa vie où l'on a fait ses adieux bons amis à pas mal de groupes, avec qui l'on a connu la douce-amère sensation d'avoir fait le tour des choses à se dire mutuellement, et de ce que Drug Honkey paraissaient pratiquants, au fond des choses, d'un immobilisme tout indiqué pour les qualifier prochains sur la liste.

Voilà donc ce que cela donne, lorsque Drug Honkey deviennent un brin plus post-metal ? un brin neurosiens ? un brin apocalyptiques, dirons-nous, puisqu'ils ne le font pas du tout à la manière de tous les autres : une chose qui est la fois douillette couette où se pelotonner, bauge de boue corrosive où se rouler, plus que jamais - et glorieuse nuit dont le ciel doré étincelant est tout aussi monstrueusement gorgé de rayonnements nocifs ; une invitation à plonger et nager nu dans la chair, une preuve - té, pour changer ! - des limites des métaphores à base de WH40K, puisqu'ici Nurgle et Slaanesh ne font qu'un, une version pompéienne de Godflesh, comme si Streetcleaner avait été mangé par la grande bouche de Robert Smith et son "The Kiss" : une chose que, partant, on irait presque qualifier de pornographie, n'était-elle si noyée dans cette forme totalement irradiée d'onirisme. D'ailleurs pendant qu'on est à parler de JKB, si jamais l'on avait eu la paresse de croire que Drug Honkey puisse ressembler à Godflesh, dans la peinture de ce dit cauchemar futuriste, les drilles nous font cadeau en fin d'un remix qui donne à mesurer la différence qui existe avec le (trop ?) humain ancêtre.

Drug Honkey, cette fois c'est sûr, ont signé un pacte génétique impie avec le Reptile, et avec le Végétal pendant qu'ils y étaient ; pour le meilleur ou pour le pire, on ne sait, mais ils ont sauté le pas. Mais vu de l'extérieur, ça ressemble tout de même méchamment à l'avènement, voire l'ascension, d'un groupe monstrueux, et d'une musique méchamment mutante. On irait bien jusqu'à bombarder Cloak of Skies le Blade Runner à Sao Paolo, en vertu des objectives additions de grandiloquence et de grandiose qui s'y observent - n'était que Drug Honkey restant Drug Honkey, on se branle un peu de toute notion de dynamique narrative ici ou peu s'en faut, et qu'on y préfère ricaner dans sa propre putrescence grimpante, goûter les vibes, en sirotant des cocktails radioactifs, la paille plantée à même l'environnement immédiat, ici dans la favela grouillante qui de partout encercle la belle cité totalitaire du futur (Neo Tokyo ?) dont Author & Punisher pour sa part nous conte les aventures d'un employé en plein cataclysme mental ; ricaner d'un ricanement monstrueux à s'en déchirer en deux et s'en écrouler en pluie de cendres toxiques, de lucioles électroniques transies et de spores messagères du nirvana. Douce nuit, sous le manteau des cieux.

Cloak of Skies en trois mots : éruption, putréfaction, fractalisation




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