Slow End
Special Low Frequency Version
Turn loose the freaks
Pourrissoir

Avis des chroniqueurs

gulo gulo
Note

Informations

Première édition
2017 (1 x Cd)
Label
Lost Pilgrims / Throatruiner
Avec
Benjamin Moreau : guitares, voix, bruit
Boris Louvet : batterie
Matthias Jungbluth : voix
Jean-Baptiste Lévêque : bruit, voix
Tracklist
1. Parmi les Ruines
2. Agapes
3. Ultrafrance
4. Les Gémonies
5. Vore
6. Ressac
 

FANGE (France)

Voir tous les articles pour FANGE


Sludgecore Industriel

Chronique par gulo gulo, ce mois-ci
(594 lectures)

En un sens, on fait difficilement plus sludge tradi que Fange, qui s'autorisent avec auto-complaisance de ré-utiliser leur propres mêmes riffs - hé, mec ! tout pareil qu'Eyehategod ! trop superbranleur ! mais avec chez Fange ce redoublement dans la mufflerie satisfaite, que la dernière fois qu'ils les ont joués remonte à trop peu pour qu'on les ait un minimum oubliés, suffisamment du moins pour croire que c'était dans un autre disque de sludge, qu'on les aurait déjà entendus. Non non non, foin de ces fanfouetteries chez un groupe qui vénère Eyehategod ET Entombed, soit deux écoles du hard rock pour lesquelles la nouveauté d'un riff est un concept sans la moindre viabilité ; des écoles de la tradition, où certains riffs sont simplement des éléments de langages, des conjonctions de coordinations ou des chevilles homériques, comme vous préférez. Enfin, bref, ce n'est pas à des amateurs de doom et de sludge que je vais expliquer ce qu'est un idiome traditionnel, ni apprendre tout ce qu'on peut faire de différent avec exactement les mêmes trois notes et deux bouts de clous rouillés tout escagassés.

Mais en l'occurrence, sans doute appelle-ton plutôt cela "ne pas lâcher la proie", et le procédé est-il appliqué dans l'intention de bien souder Pourrissoir avec Purge, et de sans échappatoire possible en faire la suite de l'éprouvante séance - un cran plus fort. Car Fange se paye le luxe, avec Pourrissoir, non seulement de respecter le programme annoncé - à savoir accoucher quelque chose de plus froid et vicieux que Purge - mais aussi celui que pour ma part je leur avais, secrètement, fixé : pousser encore plus loin le bouchon dans ce que personnellement je préfère, avec Purge, à savoir cette ambiguïté, ce trouble et irrespirable entre-deux du sludge et du black metal ; cette aura d'insalubrité qui tient à parts égales d'Arkhon Infaustus et de ce que, encore une fois d'un point de vue strictement personnel, le sludge ne m'a pas souvent provoqué comme sensations depuis les premiers coups d’œil égarés sur la pochette de Take as Needed for Pain, allons, voyons voir... en écoutant Potop ? à part eux, Hipoxia et Charger... Chacun voyant midi à sa porte, pour d'autres ce seront d'autres noms, mais on a saisi : on parle du sludge qui fait le même effet que Young God ou Cop, du sludge qui donne la torve et migraineuse sensation d'être des deux côtés de la vitre d'un peep-show en même temps, et les synapses brûlées par un bidon entier de poppers : pas tout à fait rien, vous excuserez, d'emmener les riffs d'Entombed dans ce cloaque-là, de peu à peu au fil du disque faire que ces derniers sonnent de moins en moins comme les respirations mongoloïdes qu'on pensait connaître dans le langage de Fange, et de plus en plus faire qu'ils s'amalgament à la masse dégueulasse, à la nasse qui se resserre autour de vos organes oppressés, à la pénombre moite, de moins en moins death'n'roll, de plus en plus death de charognard agressif - sans même parler, pour faire de l'esprit facile, des deux morceaux où le disque vire carrément death industrial pur, sans faire de manières pour autant.

Non, on attendait simplement de le voir confirmer un peu plus, parce qu'on n'avait aucun doute mais qu'on les savait capable de davantage, depuis la première, et édifiante sans aucune équivoque, écoute de Purge : Fange ne sont pas tout à fait n'importe quel groupe, pas un groupe parmi d'autres ; et s'il y a bien un mot qui s'impose cette fois, que l'on n'osait encore tout à fait prononcer à propos de Purge quoiqu'il brûlât les lèvres alors déjà - c'est industriel. Même pas seulement en vertu des deux morceaux susditement chuchotés au chalumeau, mais d'un art de savoir bien répéter les riffs et les serrer comme des tours d'étau, de celui également de chérir et bichonner la corrosion et le tétanos, celui de faire bien suppurer un larsen ainsi qu'on fait suer les oignons, tout en, répétons nous, entretenant savamment son sourd halo de black metal blet et de lune rousse... Bon sang c'est qu'ils arrivent, d'entrée, un riff en tronçonneuse-medium typique, d'Entombed voire directement de Trap Them, mais toujours teinté de leur petite couleur sonore à eux - à te lui coller une odeur chimique sournoise qui change tout, et à leur gargouillis vocal sub-bestial de même : les tons ici ne sont plus à la bouffissure congestionnée et à la boyasse sanguinolente, on est cette fois au cœur du brouillard de monoxyde de carbone, et on n'y voit goutte, d'ailleurs ce n'est pas avec ses yeux, qu'on préférerait perdre, que l'on cherche son chemin dans ce disque, dans son affreux royaume du Cronenberg-sludge... où, encore une fois, à force de tâtonner, l'on finira bien par retomber sur les plus odieux moments de Converge, époque When Forever/Poacher Diaries ; ou Hell Militia, ou Bunkur : facile de confondre, dans le noir.

Plus froid et plus vicieux, hein ? Et pourtant, Fange parvient ici à se confirmer comme cousin éloigné d'à la fois Diapsiquir, The Body et Haus Arafna, ce genre de cloportes irradiés - sans avoir à se départir de ce groove crétin - par éclairs à la limite du war métal le plus en vrac ; Tom G. Warrior, hein ? oui : pourvu qu'on se rappelle surtout qu'il y a eu un groupe avant Celtic Frost - et de cette absence de chichis mégalos qui en fait avant tout un de ces machins qui s'enfilent shot sur shot sans se préoccuper des lendemains, toujours gardant le contact avec ce néant d'espoir vécu avec une joviale rage du quotidien, à gambader parmi le champ de tessons de ses larsens, qui mériterait à Pourrissoir la même dédicace que le premier Cowards.

Pourrissoir en trois mots : fût, de, vitriol




Facebook 

Commentaires des lecteurs pour ce disque

Il y a 1 commentaire pour ce disque