Slow End
Special Low Frequency Version
Bientôt, dans une cigarette prêt de chez toi
III

Avis des chroniqueurs

gulo gulo
Note

Informations

Première édition
2016 (1 x Cd)
Label
Inverse
Avec
Tommi Hartin : basse
Jani Peltola : batterie
Patrick Ellison : guitares
Juho Laitinen : guitares
Valendis Suomalainen : voix
Tracklist
1. Scars to Summon
2. Snakes of the Third Moon
3. Drowning Steed
4. Slumber
5. Edge of the World
 

HEREM (Finlande)

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Traditional doom Doom death Psyché

Chronique par gulo gulo, le 11 janvier 2017
(343 lectures)

Le cabinet des curiosités, et des liqueurs bizarres qui flanquent la migraine mais font tout de même voir de rudement chouettes couleurs pétroléagineuses, ouvre ses portes une nouvelle fois, au beau milieu de la nuit, à l'improviste.

Herem sur ce troisième album (ça faisait un bail que je n'avais essayé de les écouter, je peux difficilement vous dire ce qui a changé depuis Pulsa DiNura et ses timides promesses) semble se rattacher à plusieurs choses à la fois : les groupes de femdoom les plus quasimodoom à la lisière du crust-des-bois - Shever, Ishtar, Murk, Uncoffined, Crowskin... et consorts - mais également les choses bien abusément intenses de type Indian ou Thou, ne serait-ce que par la gargouillaxerie impossible de la chanteuse dès qu'elle se met en jambes, appuyée qu'elle est sur ces riffs à l'agile démarche de cyclopes, qui mériteraient facilement à l'effectif une signature chez Totalrust ou Doomentia - soit deux types de choses, pour l'instant, qui ont du moins le mérite d'aller relativement bien ensemble ; ce qu'on ne pourra pas dire des éparses mais tonitruantes auto-ignitions stoner, qui viennent fuser au jugé entre Electric Wizard, Lazarus Blackstar et Kyuss, et décornent des troupeaux d'aurochs sans se fouler ni prévenir - celui de "Snakes of the Third Moon", si c'est pas indécent d'être aussi phat... et l'incartade sludge double ration de jus de bœuf, de "Slumber", quelqu'un la voit venir ?

Et pourtant, malgré toute cette profusion de griffes, de grimaces dégoulinantes de salive rabique, et d'hystérie metal au ralenti, le delay qui revient de loin en loin poser sa touche fait bien plus que renvoyer III à une esthétique stupdoom galvaudée, et ne semble à la vérité que souligner ce qu'on sentait déjà sans se le dire, à savoir une couleur onirique qui teinte toutes choses dans ce disque ; une aquatique ambiguïté, une anxiété diffuse, engourdie, une trouble somnolence bercée avec bienveillance par ce grain de guitare, à la constrictrice épaisseur digne de Bathsheba, et surtout par cette basse au ronflement rugueux et chaleureux comme un bon godet de gnôle rurale, qui vous emmène nager dans des saumâtreries bienheureuses, et de voluptueux fleuves de lave en ébullition, où l'on croira apercevoir au fil du disque, entre autres saisissantes et tranquilles visions, "No Quarter", le premier Noothgrush, un Volition béatement épuisé dans une fumerie d'opium, Dave Edwardson, Warhorse, des échos tâtonnant entre dub et industriel... personnellement, la mélodie d'entame de "Edge of the World" me renvoie à "Nothing Ese" - d'Archive. Là-dessus, qui fait à mon sens la véritable teinte dominante de l'album, à mesure qu'on s'accoutume à sa température, les titres des deux derniers morceaux sont d'une honnêteté exemplaire. Un voyage somnambule au bout du monde... mais en passant sous la croûte terrestre.

En fait on faisait précisément fausse route depuis le début, même à envisager de les voir en croisement mélancolique de Gallhammer et Monarch! : c'est plutôt de Face of Bayon, qu'on est ici dans les eaux, sans pour autant en perdre sa farouche singularité, avec cet étrange death metal léthargique, onirique au moins autant que celui de Ramesses période Misanthropic Alchemy ce qui n'est pas tout à fait peu de choses, d'ailleurs on pourrait presque aussi convoquer Eibon - qu'on juge un peu si Herem est de la classe des génériques - un Eibon bien plus langoureux que l'original, terrassé par une farineuse fièvre aux hallucinations harassées... Des hallucinations et de la texture farineuse on a tôt fait d'arriver à Hooded Menace, qui fait également partie de la parentèle malgré une forme de fantastique bien moins spectaculaire - mais non moins troublante ; là-dessus ne manquent plus guère que David Lynch, et Forrest of Equilibrium, et nous voilà prêts pour la photo de famille. Quelque part dessus, ni au milieu ni à toute autre place trop saillante, discret, légèrement dissimulé par les carrures plus conquérantes de certains autres parmi ce rassemblement de difformes malabars et de faces-de-carême, le nez baissé non par timidité mais dans ses secrètes rêveries saturniennes, le charmant petit monstre : Herem.

C'est toujours bon de rappeler, de temps en temps, qu'avec sa démarche d'obèse, dans ses croquenots chargés de boue des cimetières, le doom reste la musique la plus poétique du monde.

III en trois mots : tectonique, rondouillard, enjôleur




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