Slow End
Special Low Frequency Version
Priez !
Primitive Doom Metal

Artistes participants au disque

HORSE LATITUDES Web
ATOMIC CRIES Web

Avis des chroniqueurs

gulo gulo
Note

Informations

Première édition
2014 (1 x 12in)
Label
Doomentia
Avec
HORSE LATITUDES :
Vellu : basse
Heidi : basse
Harri : batterie, voix
Antti : Moog

ATOMIC CRIES :
Andy Lippoldt : basse, batterie, orgue, chœurs
Saúl Do Caixão : voix, guitares
Tracklist
A1. Horse Latitudes : Drowned Current
B1. Atomic Cries : Final Call
B2. Atomic Cries : Portrait of a Man (Screamin' Jay Hawkins cover)
 

Chroniques de splits et de compilations


Traditional doom

Chronique par gulo gulo, le 26 janvier 2016
(684 lectures)

Qui voudrait, pour se débarrasser de son récurrent problème d'entrée dans le sujet, se fendre d'une petite réflexion finaude et bien sentie sur les splits en forme de dure loi de je ne sais quoi... il serait bien embêté, car il n'existe aucune règle de quoi que ce soit pour régir ces grotesques formes de vie que sont les splits. Il y a les groupes tels qu'Unearthly Trance, dont tout ce qu'ils publient sous ce régime doit être scruté avec la plus extrême diligence ; et il y a les autres, où on ne sait jamais à l'avance ; normal, quoi. Horse Latitudes fait partie des autres. Il y a le split avec Loinen par exemple, où pendant leur morceau l'on s'ennuie poliment, cependant que pour celui de Loinen on dégoupille bière sur bière et s'enfonce dans une brasillante béatitude. Et il y a le split avec Atomic Cries ; où ce n'est même pas l'inverse, puisque si le morceau de Horse Latitudes est du nanan pur et simple, il aurait du mal pour autant à administrer une quelconque forme de correction à ceux d'Atomic Cries - puisqu'Atomic Cries sont Atomic Cries, et qu'il est difficile de leur remontrer quoi que ce soit, ainsi qu'on s'apprête à le voir ; ce n'est déjà pas peu de preuve de la valeur de Horse Latitudes, que d'avoir réussi à soutenir cette conversation-là.

Et hop, voilà une introduction de pliée, et avec elle le suspens. En même temps, le ci-devant disque n'en ménage aucun - Primitive Doom Metal, vraiment, hein ? Que voilà un programme étonnant de votre part, vraiment, Messires. Ne reste plus qu'à décrire les... oh merde ; voilà donc où elle était, la vraie gageure du disque : comment on décrit en leur rendant justice l'atmosphère, la palette, l'univers suspendu que constituent ces morceaux ? Oh, le voilà qui pleurniche à nouveau, au lieu que de faire... Oui mais qu'y a-t-il, à la vérité, à faire d'autre que béatement gober les mouches, transporté au creux de cette bulle plus hors du temps et de tout que Conan et Opium Warlords réunis, ce paysage d'alpage le plus paisible du monde sur son toit, et pourtant partout enluminé ainsi qu'en filigrane de sauvage menace viking, de promesse de violence pouvant éclater avec la fruste brusquerie d'un pet à tout instant, pour un mot de travers, pour une patate tirée trop tôt de sous la cendre... On essaie quand même ?

"Drowned Current", c'est le Reverend Bizarre le plus sinistre que vous ayez jamais entendu, plus haut que jamais encore dans le ciel gris, une tête d'épingle qui pèse sur votre conscience avec tout l'ascétique mépris du vautour attendant de fondre prendre son dû, et pourtant il s'agit indubitablement d'une marche funèbre qui descend vers les enfers au train solennel et lugubre de rigueur... avant de peu à peu, chemin faisant, les enjambées s'allongeant en un horrible trot, se changer, bon sang mais ils vont vraiment le faire ces cons, se changer en charge meurtrière tout droit sur ce putain de Cerbère et sur la vieille ordure de Charon derrière qui n'en mène pas plus large, et donnant tous signes qu'ils viennent aux Enfers non pour s'amender ou tirer leur temps, mais pour amener la sanction à toute la damnée clique qui croyait rester indéfiniment la seule à échapper au tarif, d'autant que les horribles mugissements gargouillants d'empaleur compulsif se multiplient... Avant d'à nouveau, comme si de rien n'était, une fois que tout le monde devant les prémices du tonnerre a dûment fait sous lui et compris qui tenait le manche, revenir à un digne train doomistique, acerbe, inflexiblement droit dans ses bottes de maudit de la terre et de bourreau. Tout le temps que dure ce morceau, Horse Latitudes sont le plus grand groupe de doom actuel, impeccablement traditionnel et moderne à la fois, l'incarnation du genre et seuls au monde. On n'avait pas ressenti cette violence de foi depuis Alkahest.

Comme si cela déjà n'était pas suffisant, débarquent derrière Atomic Cries.

La voilà, la composante "bulle" de l'affaire ; le voici, l'ineffable : une des choses les plus approchantes, à sa façon, qu'on pourrait citer, est également sortie chez Doomentia et c'est "Submersion End", d'Anatomia ; une des seules choses à parvenir pareillement à sonner comme un tel poids, gravide de toutes sortes de choses non dites et pénibles au cœur - tout en se montrant pareillement cave, squelettique, caquetante, émaciée, creusée de tant de vides et de famine, blême comme le vent d'hiver qui souffle sur un genre de tragique western sans personnages des hauts plateaux des Terres du Nord. Une ballade sans issue, sans but, sans plus le poids d'aucun terrestre espoir sur le cœur, au long du fil déchiqueté des plus cruelles et des plus arides parmi les muettes crêtes montagneuses qui mordent directement dans le ciel exsangue. Quelque chose au moins de ce calibre-là, porté comme sans effort aucun par des guitares dignes d'un Bosque lavé de tout par le plus éternels des sourires indifférents, et par une voix qui flotte quelque part à effleurer sans jamais se fixer sur aucun Glen Danzig, Jim Morrison et Erik Dries, et s'élève en apesanteur avec autant de déconcertante facilité qu'un Urfaust parti faire vœu d'abstinence alcoolique dans une lamasserie abandonnée.

Aussi au-dessus du monde que "Drowned Current" était une implacable descente vers son noyau desséché. Ah, çà ! voilà un split qui se suffit à lui-même, et à son auditeur pour partir sur la plus parfaite forme d'île déserte qu'il pourra trouver. Parce que voilà, les splits, il y a ceux qui sont un disque où l'obligatoire restriction du temps de parole alloué à chacun des participants met son intervention sous une redoutable concentration de lumière scrutatrice, et le force par le fait à une forme de performance sportive de l'instant, encore redoublée par le fait que les copains en face sont soumis à la même attention aiguë, condamnant ainsi celui qui faiblit à se faire désastreusement remarquer ; les morceaux des disques en question peuvent, du reste, se révéler de petites perles indispensables à la discographie en solo de leurs auteurs.

Et puis il y a ceux qui sont des albums. Et des mondes à eux seuls.

Primitive Doom Metal en trois mots : adieu, le, monde




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