Slow End
Special Low Frequency Version
Gare au groove sans-fin
Natron

Avis des chroniqueurs

gulo gulo
Note

Informations

Première édition
2015 (1 x Cd)
Label
Candlelight
Avec
Pascal Guth : guitares, machines
Stéphane Azam : guitares, voix
Frederik Rotter : guitares, voix

avec les participations de :
Neige, Kvohst, Michiel Eikenaar : voix
Tracklist
01. Serpents
02.The Words You Speak Are Not Your Own
03. Wings Beating Over Heaven
04. Fossils
05. Apnea
06. Tension of Duality
07. Flames
 

CROWN (France)

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Industriel New wave

Chronique par gulo gulo, le 24 août 2015
(717 lectures)

Compliqué à encaisser, le second Crown. Parce que, d'évidence, il appartient à deux espèces à la fois - et pas les plus immédiatement compatibles. A la fois clairement de la race de ce post-metal, très français, des couches raréfiées et douloureuses de l'atmosphère blessées à jamais par la cold de The Cure et Godflesh (les ombrageux jumeaux Kill The Thrill et Dirge, qu'on aura reconnus sans mal) ; et, non moins difficilement à nier, appartenant à des sphères plus goth ascendant allemand - pour le dire de façon rien qu'un peu outrancière : Rammstein ; et de la dark electro marmoréenne à souhait dont je me garde les noms bien au chaud, merci.

Cela pourra choquer à reconnaître, car pour ce faire il faut pouvoir admettre la beauté, scabreuse mais réelle, de Rammstein, chez moi c'est une chose acquise mais probablement n'est-ce pas en ces parages-ci que je trouverai oreilles les plus accommodantes ; probablement Crown eux-mêmes seraient-ils choqués - mais l'artiste et ce qu'il pense faire n'est pas le plus important, n'est-ce pas ?

Il y a, c'est un fait, un certain nombre de choses vulgaires dans Natron. Et dès la première fois, puis toutes les autres après elle mais dans des proportions changeant en permanence, à la façon des glaciers, l'on est partagé entre l'incrédulité devant la laideur éhontée - innocente, plutôt - de certains choix... et celle devant la grâce et la maladresse de The One, revenues un peu différentes sans doute, mais bien plus présentes ici que dans un Psychurgy trop pénétré de ses responsabilités et resserré de ses boulons. Natron cherche, audiblement, à être toujours plus pleinement humain, au sens prométhéen de la chose, et à ce titre il a les défauts inévitables de l'homme, peut sembler arrogant, mégalomane, grandiloquent, pathétique... eh ! on est prométhéen ou on ne l'est pas.

Plus encore qu'une version outrageusement classe, minérale et super bien sapée d'un Rammstein mâtiné d'un VNV Nation qui se réveilleraient par un beau matin polaire devenus scandaleusement bad ass, Natron rapproche Crown de Pain Station - pas de la petite parenté, ça, excusez - de son héroïque dilemme entre machine et humanité, entre nunucherie native un peu garçon-coiffeur, et létalité de chasseur-tueur des steppes électroniques du futur - et pour le coup aussi, mieux que la colossale chaîne montagneuse en forme de barbe qu'était Psychurgy, affirme la part de Neurosis qu'il y a en eux : celui des temps pionniers, celui qui part en trek dans l'inconnu, jungle des thugs ou Grand Nord, prêt à toute éventualité et à user face à elle de tous les moyens pour y tailler sa voie, à soi seul. Et ça, peu importe dans quel sens on voit la causalité : c'est toujours beau.

Plus brutalement, candidement - c'est la même chose chez eux, ils y ont encore un peu gagné avec l'injection d'un brin de Zatokrev dans l'effectif, mais c'est surtout la même chose chez les enfants, et c'est bien le caractère d'un enfant, celui titanesque et inhumain dont on assistait à la frémissante naissance sur The One, que montre à nouveau Natron : qu'on ne se méprenne surtout pas, puisque je suis désormais un homme bien plus responsable que jadis, je n'aime pas Crown parce qu'ils sont maladroits et donc attendrissants ; mais parce que cette maladresse vient irriguer, rosir d'un peu de sang, et par le fait encore gonfler leur formidable puissance élémentale - plus new-wave encore, disions nous, que les vieux sages blanchis par le sel des vagues de l'éther - Dirge pour les intimes - et capables d'inviter, candeur toujours, Kvohst pour ce que ce Kad Merad du metal moderne aura fait de plus frais et pertinent en bien des années récentes, à savoir inviter un fantôme de David Eugene Edwards dans un album déjà irréel dans sa façon de se tenir sans toucher le sol au-dessus de l'impitoyable et coupante crête qui sépare metal indus de cyber-metal... Un album qui recèle sûrement encore d'autres hommages bruts, ou pas, volontaires ou pas, candides en tous les cas aussi, à tel point qu'en fait ils relèvent plutôt d'une forme d'amour colossale ; et, partant, difficile à résister.

A la fin, on s'incline. Parce qu'à la fin de tout ce verbiage et ratiocinage, il faudra bien dire clairement que l'on trouve ici amplement la dose nécessaire de moments de beauté pure, qu'il faut à un vieux coldeux pour se faire mettre K.O pour le compte ; soyons aussi précis qu'eux le sont malgré leurs immenses proportions de prédilection : la place d'une seule lettre a son importance ; empathique, pas emphatique.

Natron en trois mots : affranchi, aéré, abrupt




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