
| Inde$troy |
Saw Throat. Ce nom en évoque peut-être un autre pour quelques initiés d'entre vous... homonyme, quatuor également, issu tout comme présentement de la scène en devenir de Birmingham, à la même période, fin 80's : j'ai nommé Sore Throat. Coïncidence ? Évidemment non, autrement je me serais pas tué à faire cette laborieuse comparaison. Le premier n'est en réalité qu'un alter ego éphémère du deuxième ; en ces temps, le groupe s'était senti l'importance de mettre de côté son arsenal grindisant pour nous lâcher par le biais d'un prétendu one-track album - j'y reviendrai - un vibrant cri d'alerte contre la dégradation de l'environnement par l'entrepreneurisme ordurier du grand Capital. Ciel, c'est beau.
Comme d'aucuns s'en douteront, le trip écolo, abordé ici d'une façon assez primaire pour ce que j'en ai retenu, n'est pas l'intérêt majeur de ce disque qui n'est d'ailleurs pas non plus forcément majeur, mais a de quoi titiller l'intérêt.
Sans intérêt non plus, le trip freaky genre on-a-fait-un-album-avec-un-seul-et-long-morceau : là ou on pourrait s'attendre à se prendre un ovni sonore ou un morceau-concept tendance progressif dans les bigorneaux, on ne trouve qu'une succession de diverses compos enregistrées en une piste unique... En fait je vois d'ici la scène, au moment d'intercepter la fraîche marchandise :
" Tain les cons, on a oublié le marquage des morceaux au pressage !
- Ah merde. Bon tant pis, on dira que c'est fait exprès. "
Quant à savoir si les chose se sont réellement déroulées ainsi, le mystère reste entier.
Quoiqu'il en soit, reprenons.
Je disais donc, la scène de Birmingham est en plein essor, les divers membres de Napalm Death à eux seuls s'apprêtant à engendrer bon nombre de projets des plus intéressants ; Broadrick a d'ailleurs déjà les pieds dans Fall of Because, et certains groupes commencent à se sentir le besoin de suivre ses pas dans le monde merveilleux de l'indus à grattes lourdes. Le cas de Saw Throat est assez particulier, car s'il se range bien dans cette catégorie, tout comparatif avec le son Broadrick est exclu. Chez Saw Throat, c'est plutôt comme si une bande de gros crusts bourrins - Sore Throat, on vous dit - s'efforçaient de jouer en mode lourd et répétitif, façon Swans circa "Children of God", avec le son congelé et épique d'un Amebix. Et pour être congelé, c'est du congelé, du genre compact et froid ; épique aussi, ou devrais-je dire romantique dans son sens premier du terme, avec ce ton tragique parfois un rien gothisant ; et histoire qu'on comprenne bien qu'un monde sans arbre est un monde triste ousqu'il vaut mieux ne pas sortir sans sa petite laine, le disque s'assortit même de quelques bouts atmosphériques à grand renfort de couches de synthé-marque déposée Frigidaire ; cheap mais efficace, ambiance Akira après le déluge garantie.
Au reste, si les compos manqueraient bien d'un peu de remue-ménage, trop souvent basées sur une idée jouée en boucle, il faut bien avouer qu'on se laisse joyeusement prendre dans le vortex de cette bovinerie, typique semble-t-il de Birmingham, et qui préfigure déjà par ses riffs certains futurs brulôts du Napalm Death d'à ses phases les plus basiques.
Une chouette curiosité qui ne fera malheureusement pas suite, ce qui est bien regrettable car du haut de ses courtes quarante minutes, ce inde$troy aurait bien mérité un petit développement, histoire de sortir le groupe de sa confidentialité, au moins pour se payer le statut "culte". À défaut du prix Nobel...
-Baalcybutt, Février 2010
Inde$troy en trois mots : brut, froid, primitif