Alice
 

De l'autre côté du miroir...

Disait le lapin blanc

ARTIFICIAL BRAIN - Infrared Horizon 

ARTIFICIAL BRAIN : Infrared Horizon

(2017, Profound Lore)

Infrared Horizon

Pendant très longtemps j'ai tout fait pour éviter le métal et son peuple. Je parle de ces trucs qui me venaient aux oreilles alors en ne grattant que la surface, des choses aussi dégueulasses et éloignées les unes des autres que Opeth, Cradle of Filth, In Flames ou bien pire encore, Rhapsody. Voilà ce que c'était pour moi : une belle musique de pédales qui n'assument pas leur goût de la mélodie facile en la masquant sous tout un tas d'effets evil en carton qui ne dupent bien que les métalleux qui les goûtent, ou en branlant le manche à toute allure en rêvant de chevaliers et de dragons exactement comme ma petite cousine quand elle avait sept ans.

Quinze ans plus tard, je pense toujours exactement la même chose mais en possédant une bonne majorité de la discographie d'Opeth. L'eau dans le vin, tout ça. Je pense qu'Artificial Brain m'aurait troublé un tant soit peu à l'époque, mais qu'il m'aurait conforté dans cette idée que le métal n'est qu'affaire de dress code, que ce soit pour s'habiller soi-même ou ses mélodies.

Quel petit con, vraiment. Artificial Brain est un feu d'artifice permanent, c'est un showcase de riffs et de composition qui ne s'arrête jamais. La technique est irréprochable, c'est un fait, on sent que ça a étudié Gorguts de long en large, mais quelle ambiance aussi ! La pochette et son cliché interplanétaire annonce la thématique dystopique qui est parfaitement dépeinte : le pouvoir de la machine figuré par ce riffing invraisemblable que l'on imaginerait très bien pondu par quelque algorithme pseudo-aléatoire, celui-là même qui nous permet de qualifier l'album de death-double-prog, et encore plus la déchéance de l'humanité très marquée lorsque les mélodies pleuvent et que les sentiments s'éveillent. Tout est alors magnifié, tout prend sens, la machine ne serait rien sans l'homme et vice-versa, ok ça on s'en fout, mais surtout que ce festival de technique (mis en valeur par une superbe production) pourrait très bien laisser indifférent et rester stérile dans son coin s'il ne menait pas à ces instants de pure émotion, 100% humaine cette fois-ci, ces instants de simplicité et de beauté, où la dualité de l'album offre des allures de remake de Wall-E dirigé par le jumeau maléfique de Neill Blomkamp.

C'est si bien construit instrumentalement que l'on peut choisir de l'écouter concentré et d'apprécier la finesse du détail qui se révèle au fil des éoutes, ou le laisser jouer en fond et savourer le défoulement d'un death puissant et destructeur de cet album qui s'apprécie logiquement comme un disque de jazz où les voix peinent à sortir leur épingle du jeu. Mis à part les coups de frein soudains où, plus audible, on pense directement à Esoteric, un autre groupe coutumier de l'exploration spatiale, le growl majoritaire est si bouillonnant dans les graves qu'ils pourraient tout aussi bien caler le micro sur un estomac affamé que personne ne verrait la différence. Ils sont apparemment trois à se partager la tâche, et c'est une très bonne chose une fois de plus que d'avoir différentes grimaces au menu parce que c'est quasiment notre seul repère d'intensité dans une musique qui fonce toujours tête baissée.

Bref, on est con quand on est jeune. On cherche à lutter à tout pris contre des forces invincibles qui nous dépassent, et si je ne me rappelle plus quel à été mon album de coming out métal, ç'aurait été un honneur de pouvoir me réclamer de celui-ci.  

-EyeLovya, le 14 janvier 2018
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