Alice
 

De l'autre côté du miroir...

Disait le lapin blanc

AGENTS OF OBLIVION - AGENTS OF OBLIVION 

AGENTS OF OBLIVION : AGENTS OF OBLIVION

(2000, Rotten Records)

AGENTS OF OBLIVION

Il y a une ambiance de fin d’été, de fin de vacances, quelque chose de terminal mais pas non plus de fatal qui émanent de cet unique album d’Agents of Oblivion. Comme un voile de mélancolie qui vient griser ces instants de joies et d’insouciance que l’on vient de vivre. Avec non pas une forme de pessimisme qui donne envie de se taillader les veines, mais bien une atmosphère un peu lancinante, un peu lascive, qui donne plutôt envie de s’enivrer une dernière fois, de jouir des tous derniers instants, avec parfois les regrets de ne pas avoir su en profiter réellement, histoire d’optimiser tout ceci et de mieux encore reculer le retour à une réalité rude et cruelle. C’est presque la bande son parfaite pour une fin d’étape de sa vie et le début d’une nouvelle, ou quelque chose s’en rapprochant. Mais sans doute que l’entame d’un tel opus avec l’excellent titre Endsmouth, imparable au demeurant, n’y est pas pour rien, tant l’on ressent bien cette facette de cette éphémère formation, la première post Acid Bath pour Dax Riggs, étincelant ici de bout en bout.

Il y a quelque chose d’assez incongru dans cette mixture musicale qui en appelle tout autant à Seattle, sans la pluie qui tombe trois cents jours par an, et l’on n’est pas loin de penser à Pearl Jam dans ses instantanés les plus relevés ou ceux sur la corde sensible, un peu comme si l’on avait décidé d’utiliser Rearviewmirror comme maître étalon, que la quiétude et la moiteur de la Louisiane. C’est même parfois plaisant de se dire qu’il y a aussi cette touche sudiste dans cette musique, qui reprend plutôt à son compte les moments de bravoure d’un Lynyrd Skynyrd, à la sauce Simple Man si l’on veut avoir un point d’ancrage, plutôt que ceux qui sarclent le terreau d’un revivalisme confédéré. C’est évidemment teinté d’un groove assez équivoque et de ces excellents et bienvenus ralentissements des tempi qui trahissent bien les origines géographiques, même si l’on est plus dans l’appréciation d’un bon verre de vin ou de bourbon savamment vieillit en fut de chêne, que d’une débauche de méthamphétamine et de mauvais whisky. 

Rien de volontiers et de méchamment pesant, même si le grain des guitares est lui aussi d’appellation d’origine contrôlée, mais plutôt une écriture classique qui rend hommage aux influences du groupe, qu’elles soient proches d’un point de vue stylistique que bien plus anciennes, pour ne pas dire ancestrales, car comment ne pas y voir cette patte plus bluesy dans certains phrasés, mais un blues qui serait passé à la moulinette des années quatre vingt dix. En fait, tout ceci ferait presque penser à une autre formation de Seattle, dans cette relecture de ce style musical modernisé mais sali ici par une bonne dose de saturation et évidé du côté recueillement et hommage, - encore que l’on pourrait se poser la question. Je veux bien entendu parler de Temple of the Dog, bien qu’ici, évidemment, les rivages du Mississippi ont tout autant leur influence, que ce soient dans ces arpèges, ou dans ces élans folk rock où le piano joue parfaitement son rôle d’accompagnateur.

Et s’il n’y avait par cette voix en or de Dax Riggs, l’on serait presque aussi tenté de faire le lien avec Neil Young, mais sans le côté terreux du Loner. Car il y a aussi une petite pincée de Tonight’s the Night, de Time Fades Away et de On the Beach sur cet opus, et c’est ça qui en fait aussi sa force. Parce que l’on y retrouve cette même touche universelle que possède la musique du canadien. Celle qui en fait un vrai compagnon de route et qui sait toucher par quelques accords ou avec quelques arrangements, et où les paroles sont souvent superflues, - même si ce n’est pas forcément le cas ici -, mais font tout de même véhiculer pleins d’émotions. Mais avant toute chose, malgré ses liens avec le passé, il y a une réelle personnalité et une réelle qualité d’écriture sur ces treize titres, qui s’immiscent peu à peu dans votre mémoire pour devenir de plus en plus addictifs, un peu à l’image d’un Ladybug ou d’un Phantom Green. Le grunge du Bayou, ou quelque chose qui s’en rapproche fortement, si tant était donné qu’il fallait à tout prix donné une étiquette à cet album. Oui, c’est cela, si l’on devait faire simple, mais c’est tellement bien plus.

-Derelictus, le 27 août 2017
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