Alice
 

De l'autre côté du miroir...

Disait le lapin blanc

Lowness - Undertow 

Lowness : Undertow

(2010, Ant-Zen)

Undertow

L'Undertow de Tool aura été un tournant, du genre mal avenu qui vous envoie droit sur des sables mouvants, dans mon parcours esthétique. Les bonshommes en pâte à modeler, les photos du livret, la photo cachée, le jaune d’œuf... et accessoirement un peu aussi la marécageuse musique de ces riffs malades et cette voix geignarde. L'Undertow de Lowness en aura été un autre, à sa manière guère moins écœurant, puisqu'il constitue les dernières nouvelles qu'on aura eu du dénommé Scott Sturgis ; et que déjà à l'époque (2010 ? ça paraît tellement plus loin...) le seul fait d'en avoir était inespéré.

Et ce qui les rend plus affreuses et poisseuses encore, est que les nouvelles étaient bonnes. Undertow conjugue la vénéneuse douceur ambient de Notime à la saurienne pesanteur qui s'empara de Converter avec Exit Ritual. Autant que ce dernier, l'album semble marqué par la découverte, par son auteur, de nouvelles dimensions de la perception : à ce qui a couru alors comme (infime) rumeur, le THC et Electric Wizard. Comment ne pas être effondré, qu'un tournant aussi brusque qu'obscur de la vie nous ait privé de ce que Sturgis aurait pu faire d'absolument fabuleux, eût-il continué à faire des albums armé de cette nouvelle double vue ? Lorsqu'on en dispose de pareilles attestations, de pareils croquis préliminaires - enfin, il est plus que hasardeux de qualifier Exit Ritual de croquis, mais ce dernier avait cette facilité, qu'il venait faire épouser à la nouvelle et seyante peau de Scott la carcasse musculeuse, trapue et ombrageuse d'un projet qui avait déjà une solide personnalité charpentée par des années de prédation ; concernant Lowness, en revanche, la première apparition longtemps attendue d'un rêve qui s'était auparavant appelé Devoid, lorsqu'il flottait encore dans les limbes... Il est difficile de ne pas, justement, rester rêveur devant ce qui constitue, soyons honnête, d'ailleurs on n'a pu que l'être déjà à sa sortie, et ne s'est pas alors pu défendre d'une relative frustration - une série de bien belles ébauches ; les ébauches de quelqu'un du talent de Scott Sturgis, dont la force de personnalité n'a jamais cédé ni au scornisme ni au dubstep, et déjà autrement abouties que celles d'In a Haze, dans un genre assez proche de trance-kraut-ill-dub, à la croisée de PH², Oranssi Pazuzu et Zen Paradox - rien que ça - mais néanmoins les ébauches qui semblent promettre ce que le prévenu aurait pu prodiguer comme merveilles psychotropes, comme extatiques cauchemars tropico-industriels à forte hygrométrie, en prenant ainsi la suite des derniers mots de Converter, et en développant ce qu'ils pouvaient avoir d'une ouverture, vers plus fabuleux encore qu'eux-mêmes. Pour être franc l'on a même l'impression, sourde, que tout cela est un peu facile pour lui, que ç'a été fait en une semaine pour solder ses derniers engagements musicaux (envers lui-même). Gasp. Et celle qu'il aurait pu nous consoler de la rareté des sorties de Seekness. Double gasp.

Las ! Scott Sturgis a disparu corps et biens après ce disque-là. Si d'aventure vous le croisez, où que ce soit, à la caisse d'un fast-food ou derrière un bureau d'assureur, dites lui que je n'ai jamais trouvé mon compte dans la techno à laquelle il est de bon ton aujourd'hui de trouver des allures industrielles, et que je l'attends toujours, avec la fidélité la plus patiente du monde, à en déprimer Michel Jonasz en personne. Scott, reviens ; Scott, je t'aime.

-gulo gulo, le 07 juin 2017
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