Alice
 

De l'autre côté du miroir...

Et comment savez-vous que vous êtes fou ?

Skinny Puppy - The Process 

Skinny Puppy : The Process

(1996, American Recordings)

The Process

The Process, à ce que je lisais tout récemment, aurait été mal reçu à l'époque pour cause de dogmatisme electro-dark anti-guitares, exercé contre une trop grande proéminence des siennes. En ce qui me concerne, je sais que ce n'est pas ce qui m'a gêné, puisque gêne il y a bien eu : c'était plutôt l'inhabituelle clarté de l'album, pour du Skinny Puppy. En même temps, quel disque fait-on, après un Too Dark Park puis un Last Rights ? Plus touffu, plus drogué, plus noir ? C'est supposé être drôle ?

Clarté de tout, du son aux émotions véhiculées, humanité même presque embarrassante - à la manière d'une trop grande franchise - de ces dernières, et celle qu'elles révélaient chez nos chacals synthétiques mutants ; gêne interloquée en vérité il y a eu, quand bien même la voix claire de Kevin Ogilvie, alors encore rare dans ses apparitions, est toujours une des choses que je préfère au monde, à la fois new-wave et nimbée d'une irréelle blancheur qui conserve intact tout le pouvoir glaçant qu'on révère chez lui ; gêne, inconfort, qui déjà à l'époque ne parvenait pas à empêcher le disque de me fasciner, malgré des rythmes à plusieurs reprises se vautrant avec allégresse dans la gymnastique à la Front Line Assembly (quoique jamais aussi Adidas que chez ces derniers, bien évidemment : plutôt juste Torsion), pour des morceaux qui restent comme alors mes chouchous, non pas malgré mais justement en vertu de toute leur fraîche candeur, qualité qui du reste s'attache à tout le disque, et à son caractère globalement new-wave voire, en surface, enjoué, l'on dirait cabriolant voire foufou s'il fallait prendre le nom du groupe au pied de la lettre, qu'ils n'ont d'ailleurs jamais aussi bien porté, et qui contrairement aux plus navrantes embardées synth-pop qui les saisiront plus tard - post-reformation - ne grève en rien, voire plutôt renforce ce qu'il y a de poignant dans la nature très théâtrale et emo (au sens distingué d'autrefois) de The Process, laquelle vu d'ici n'a rien perdu, pour n'être plus rendu si aigüe qu'elle l'était par le contexte d'alors - la mort de Goettel, vous savez ? -, voire se perçoit encore mieux dans toute sa pureté gravée à l'acide - on fait difficilement plus Skinny, avouons le. La clarté est douloureuse, comme un grincement dans un silence noir d'encre. Je vous en foutrai, moi, des "guitares"...

Là-dessus, la limpidité glaciale de l'album est la même que de l'autre côté du miroir, en Finlande où du reste le nom de l'autre groupe est à sa manière une anagramme minimaliste - soit bien à l'image de leur musique - de celui des Canadiens. On s'étonne, après, que j'aie abordé un disque intitulé The Process avec une sensation de menace, avant même qu'il ne commence, et l'idée inconsciente que son titre voulait dire Le Procès, ou désignait une forme d'exécution capitale.

Deux albums, deux nudités, deux enterrements.

-gulo gulo, le 03 juin 2017
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