Alice
 

De l'autre côté du miroir...

Et comment savez-vous que vous êtes fou ?

Moonspell - Under Satanae 

Moonspell : Under Satanae

(2007, Universal)

Under Satanae

De là à publier un décret selon lequel, au-delà de la simple pochette « à cornes », la pochette « Cornes » est la marque d’albums aussi impérieusement bestiaux que ce dont elle est le symbole patent…

Under Satanae est le disque de Moonspell le plus… mieux. On pourrait facilement, avec un minimum de sophistique et d’exemple concrets tiré de son écoute, l’attester presque aussi frostien que l’album de Totengott ci-acollé, et en tous les cas sans discussion possible c’est leur plus viril, leur plus musqué, leur moins kitschou malgré une proportion non moindre que par la suite de fioritures groufty ; le plus émaillé de dark-wave – comme peut l’être le Totengott, tenez – plutôt que de tentatives de gothic rock piteusement embourbées dans le goth-metal, comme par la suite. Comme tous les albums de metal dignes de porter l’auguste sceau, Under Satanae ne s’égare pas à tenter de singer une finesse de silhouette ou une androgynie qui lui seront toujours inaccessibles, et c’est en portant fièrement sa farouche animalité metal qu’il parvient au gothique. Peplum, tsatsiki, pharaonisteries qui lui donnent son érotisme odorant comme du Ann Rice, heavy metal écarlate : Moonspell sont jeunes et fougueux, et comme on dit lorsqu’on passe dans le poste ils ne lâchent rien. Under Satanae est un album de black metal rutilant de hard à l’ancienne, gavé de ferveur jusqu’à ras bord, et il n’y a jamais fallu beaucoup pour faire partie des corbeaux : quelques Dassicheries, une voix à la concupiscence aristocratique – en l’espèce Fernando fait des prodiges dans le registre du vampire aux babines écumantes, de libido demi-bestiale demi-divine : disons le clairement, c’est lui qui fait la grandeur des morceaux réunis ici, et leur éligibilité suprême au label « cornu ». Ce sont lui et son humeur déchaînée qui portent Under Satanae, et sa virilité un rien embijoutée, sinon travestie, loin au-dessus de toute possibilité de ridicule, en faisant cet unique disque de bouc buveur de sang.

-gulo gulo, le 29 mai 2017
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