Alice
 

De l'autre côté du miroir...

Tôt ou tard, c'est mauvais pour la santé

Wormskull - Sound of Hell 

Wormskull : Sound of Hell

(2011, Ad Noiseam)

Sound of Hell

D'accord, la pochette n'a rien à voir, et le titre n'est pas exactement le même... Il se trouve que Wormskull, plutôt que de caser à la va-comme-je-te-pousse toute l'histoire dans le titre du disque, a préféré foutre le sample, celui qui fonde identiquement le concept des deux disques, in extenso sur la première piste  - sample dont vous trouverez probablement la source mieux que moi si vous ne la connaissez déjà : un obscur conte de trou percé dans la Terre en Sibérie, d'où s'entendraient sourdre les fameux Sons de l'Enfer, de ce que j'ai pu glaner en diagonale, avec le peu d'intérêt que j'en ai - et qui se trouve dans le disque mis en musique de façon pas trop littérale.

Mis à part cette évidence que les deux albums, s’ils appuient lourdement leur identité sur le mythe moderne en question, ne le font pas avec la même tonalité… quoi ? Eh ! c’est du Bong-Ra, quand bien même Jason sort le disque avec des comparses, et sous le nom de Wormskull. C'est-à-dire que c’est une nouvelle preuve d’un talent qui ne connaît pas d’équivalent, pour faire en sorte que la jungle la plus taillée comme un lévrier sonne férocement metal, et qu’inversement la sensibilité metal s’exprime sur de la musique électronique de la façon la plus crédible imaginable, à des kilomètres de toutes ces tâcheronneries électroniques qui ont voulu se barder de riffs comme on se gave de protéines. Jason est toujours l’exemple parfait de double nationalité viscérale. Autrement menaçant que des brouettes de disques darkstep malgré un gabarit nettement plus élancé, svelte, galopeur, presque élégant comme du Goldie, ambigu sous ses façons de claironner du ragga de guerrier Mongol en rut, parvenant à suggérer Slayer mais cette fois sans le citer en toutes lettres de sang – ceci dit sans vouloir insinuer le moindre mal de Full Metal Racket, bien, bien au contraire – simplement en ayant l’air de dérouler une sorte de big-beat survolté pour l’heure du crépuscule, l’heure où les vampires commencent à virer la couette en se pourléchant les babines, l’estomac qui hurle et jubile d’avance - et, sous ses airs débonnaires de disque truffé de samples de séries Z rien qu'un peu cheesy par nature, sinon par notoriété - après tout la fameuse fable sibérienne, installée en prologue comme elle l'est, donne d'entrée le ton d'un envoûtant épisode de la Cinquième Dimension - autant qu'il l'est de non moins téléphonées harangues ragga, s'avère une sorte de variante élégante, souple, déliée, désinvolte, non moins cinglante pour en être moins apoplectique... de Doll Doll Doll, excusez du peu ; peinte des splendides couleurs, d'un crépuscule qui discrètement mais sûrement tombe, au milieu des glapissements figeants des guitares, et à mesure que l'album s'avance, pareil finalement en tous points à quelque excellente série Z, délicieusement sinistre et brutale, l'air de rien ni d'y toucher plus que nécessaire, digne de culte et de hardi bouche-à-oreille, sans en faire le moindre boucan.

Le raggadeath-hall, en toute décontraction : si quelqu'un pouvait, en même temps, qui d'autre que Koenen ? Et à partir du moment où c'était lui, quel doute sérieux existait-il ? Le breakcore, ç'a toujours été très simple : Aaron Funk, Rachel Kozak ; et Jason Koehnen, qui en l'occurrence ressemblerait presque à un amalgame des deux incarné dans un capoeiriste zombi aux yeux de braise dirigé par Tsui Hark. Chaque fois que je ressors ce diable-là, c'est la même chose : je retombe amoureux.

-gulo gulo, le 01 février 2017
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